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Veille hebdo Covid - La situation sanitaire en France et dans le monde

Par Chiara ALEXANDRE & Adrien BLANCHARD

Directeur de publication : Thomas MESZAROS

Responsables pédagogiques : Jean-Luc LAUTIER & Antoine CRÉTIEN


I. La situation sanitaire à l’échelle mondiale

Au 24 juillet, le Covid-19 a touché 15 millions de personnes. 8,3 millions ont été guéries, 6 millions sont encore touchées et l’on approche des 700.000 décès. En Asie, où le virus est apparu, on affronte encore la deuxième vague. En Europe, elle s’amorce, tandis que les Amériques n’ont pas encore atteint le pic de la première. Il reste également difficile de se faire une idée précise de la situation dans certains pays autoritaires, comme la Chine ou le Brésil, qui sont soupçonnés de manipuler les données ou de les fausser.

En Thaïlande, l'état d'urgence a été prolongé, ce qui a provoqué un regain d'opposition au gouvernement. En effet, le premier Ministre justifie cette prolongation par le besoin de contrôler la propagation du virus alors que le pays se rouvre lui aussi peu à peu au monde extérieur. Des manifestations sporadiques ont eu lieu contre ce décret, car certains estiment que ce n’est pas une réponse à l’épidémie mais un moyen d’étouffer toute contestation du gouvernement. En effet, aucune transmission locale n’a été rapportée dans le pays en deux mois.

Au Japon, l’ombre de l’annulation des Jeux Olympiques plane. Une cérémonie s’est tenue le 23 juillet, à l’endroit et la date où les JO auraient dû s’ouvrir. À l’occasion de cet événement, le président du comité d’organisation des Jeux a évoqué pour la première fois l’hypothèse d’une annulation tout en excluant celle d’un nouveau report. Les JO pourraient être annulés si les conditions sanitaires et logistiques ne sont pas réunies, mais tout est actuellement fait pour les maintenir comme le titrait cette semaine le journal LeMonde : Jeux olympiques de Tokyo en 2021 : l'ombre d'un doute.

À Hong-Kong, la situation sanitaire a été qualifiée de critique par la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam. Une centaine de nouveaux cas ont été relevés le 19 juillet, ce qui constitue un record, avec un total de 500 nouvelles contaminations dans les deux dernières semaines. De nouvelles mesures restrictives ont été décrétées, et d’autres sont encore à l’étude comme l’obligation du port du masque en public et l’obligation de télétravailler pour le personnel non essentiel de la fonction publique.

Le Brésil a dépassé, le 16 juillet, le seuil des 2 millions de personnes infectées. Les informations sur l’évolution de la pandémie dans le pays sont rares, le gouvernement cherchant à dissimuler les données. La divulgation du nombre total de cas et de morts a par exemple été suspendue pendant plusieurs jours. En réponse à cette non-communication de crise, certains grands médias brésiliens ont formé un consortium qui collecte et centralise lui-même les données locales. Le président Bolsonaro a aussi annoncé être guéri du Covid-19.

La distribution du nombre de cas et de décès liés à la pandémie met en exergue les « deux Brésil », le pauvre et le riche. Les populations les plus pauvres du nord et d’Amazonie sont bien plus gravement touchées que les populations plus riches du sud et de l’ouest. La répartition des cas est semblable à celle de la pauvreté, des mauvaises conditions sanitaires afférentes, de la densité de population et d’occupation des logements… Toutes ces causes font que les populations les plus pauvres sont plus facilement touchées par la pandémie, et qu’elles se le transmettent plus facilement. Plus simplement, il paraît intuitivement plus aisé de respecter la distanciation sociale et les gestes barrières en habitant dans une maison dans un lotissement, que dans une favela sans eau courante ni égouts.

Aux États-Unis d’Amérique, Donald Trump a changé brutalement le ton de sa communication de crise. Après avoir minimisé pendant des semaines la gravité de la pandémie dans le pays, puis en évitant le plus possible le sujet, le Président s’est résolu à communiquer lors d’un briefing le 21 juillet. Il a reconnu que la situation allait continuer de s’empirer avant de s’améliorer, en d’autres termes que le pic de l’épidémie n’était pas atteint. Il a aussi invité les Américains à porter le masque en public, alors qu’une partie de la population considère que ce serait attentatoire aux libertés fondamentales. Il a d’ailleurs qualifié le fait de porter le masque d’un geste « patriotique ».Le pays devrait dépasser les 150.000 décès liés au Covid-19 avant la fin du mois de juillet.

Au niveau européen, les négociations sur le plan de relance ont fini par aboutir, après un sommet hors-norme [1] qui aura duré quatre jours et quatre nuits. 750 milliards, empruntés par la Commission Européenne (qui est notée triple A sur les marchés et peut donc emprunter à des taux intéressants), vont être répartis en deux volets : 360 milliards vont être prêtés aux Etats membres qui le souhaitent, qui devront être remboursés, ils pourront ainsi s’endetter à des taux plus intéressants que sur les marchés ; 390 autres milliards vont être répartis en subventions allouées aux États membres. Ces subventions, qui seront elles remboursées par l’Union, ne pourront être dépensées que dans un cadre précis. Elles devront suivre un programme préparé par le pays en amont, programme qui devra être compatible avec les priorités de l’UE (transitions climatique et numérique) et prévoir des réformes structurelles. Autrement dit, les pays ne pourront pas s’en servir pour financer de la consommation à court terme à des fins, par exemple, électorales. Les aides seront aussi octroyées par tranches, et à chaque fois le financement devra être approuvé par la Commission. Le versement des aides pourra aussi être suspendu par un vote à la majorité qualifié du Conseil Européen, s’il estime que le pays bénéficiaire ne respecte pas l’État de droit. Aussi, un pays qui estime que les aides ne sont pas utilisées à bon escient pourra soumettre la question au Conseil.

La question du remboursement par la Commission de cet argent n’a pas été spécialement discutée, mais ne pourra de toute façon n’emprunter deux voies en l’état actuel des choses : une augmentation de la contribution des Etats membres, ou une baisse des dépenses de l’Union. La troisième voie serait la levée d’impôts directement par la Commission pour qu’elle ait ses ressources propres. Cette dernière semble être la voie privilégiée, surtout au vu des déclarations du président Macron. Ce dernier a indiqué dans une allocution télévisuelle que le remboursement de cette dette ne se ferait pas par de nouveaux prélèvements sur les particuliers ou un accroissement de la dette nationale, mais plutôt par des taxes sur certaines entreprises ou activités.

L’OMS s’inquiète aussi de la seconde vague de la pandémie en Europe. Selon les données de l’OMS Europe, le nombre de nouveaux cas reste pourtant stable sur le continent depuis fin mai, autour de 20.000 par jour. La dynamique de la seconde vague semble bien suivre celle de la première, avec les pays du sud de l’Europe touchés avant ceux du nord. L’Espagne a connu fin juin une légère remontée du nombre de cas, qui s’est soldée par des reconfinements locaux, et depuis les contagions ont quasiment triplé. Le gouvernement a demandé à la population de respecter avec rigueur les nouvelles mesures prises, et de limiter ses déplacements au strict nécessaire. La Catalogne, où le Premier ministre français a vivement déconseillé de se rendre, redoute la fermeture de la frontière avec la France, alors que de nombreux établissements sont au bord de la faillite. 13% des bars, cafés, restaurants et hôtels d’Espagne ont déjà fermé définitivement leurs portes, et ce nombre devrait atteindre les 20% d’ici à la fin de l’année. Pour enrayer ce phénomène, la ministre espagnole du Tourisme essaie d’adopter une communication optimiste en déclarant qu’en Catalogne le nombre de nouvelles infections a été réduit au cours des trois derniers jours.

Enfin, en France, les vacances d’été ont bien commencé alors que les vacanciers prennent la route. La plupart des touristes restent en France et se massent sur le littoral, en ne respectant pas spécialement les règles de distanciation sociale. Le relâchement généralisé intervient dans un contexte où l’épidémie reprend lentement, le pays ayant dépassé le 23 juillet les 1000 nouveaux cas en une journée. Le gouvernement accélère donc sa communication, en rappelant que le risque est toujours présent et que le virus continue de circuler. Alors qu’une deuxième vague était attendue pour l’automne, elle pourrait avoir lieu dès cet été. Les départs en vacances ainsi que les réunions de famille favorisent la circulation du virus et l’apparition de centaines de clusters de contamination, même dans des régions qui avaient été relativement épargnées par l’épidémie comme l’ouest de la France.

La communication de l’exécutif français a donc elle aussi changé, puisque de la communication victorieuse et teintée d’espoir de mai-juin, nous sommes repassés à une communication plus préventive et alarmante. Un Conseil de défense a à nouveau été réuni le 24 juillet, pour aborder la question des contrôles aux frontières, des masques et des tests. Le port du masque est rendu obligatoire dans les lieux clos accueillant du public depuis le 20 juillet dernier [2], et le gouvernement a aussi promis la distribution gratuite de masques pour les foyers les plus précaires.

En Guyane, comme indiqué dans une étude antérieure, un directeur de gestion de la crise sanitaire a été nommé. Il a ainsi installé un Centre interministériel local de gestion de la crise, qui servira à coordonner les actions des autorités sanitaires et préfectorales.

II. Les avancées scientifiques et médicales

Un groupe de chercheurs et de médecins (Coalition Covid-19 Brésil) a mené un nouvel essai clinique publié par le New England Journal of Medicine. Cette étude menée dans 55 hôpitaux brésiliens affirme que l’hydroxychloroquine, combiné ou non à l'antibiotique azithromycine, n'améliore pas l'état des patients atteints d'une forme légère ou modérée du Covid-19 et peut avoir des effets secondaires néfastes. De plus, des scientifiques de 8 grands instituts français viennent de publier dans la prestigieuse revue scientifique Nature[3], les résultats d’une étude pré-clinique menée sur des singes. D’après cette étude, il n’y aurait plus aucun doute : l’hydroxychloroquine ne permettrait pas de combattre le coronavirus ni en prévention de l’infection ni en traitement immédiat après infection. Toutefois, une étude américaine de l’International journal of infectious diseases[4] affirme que l’hydroxychloroquine réduit le taux de mortalité des patients atteints du Covid-19. L’étude révèle que 13 % des personnes traitées exclusivement avec de l’hydroxychloroquine sont décédées, face à 26,4 % de décès chez les personnes n’ayant pas reçu ce médicament. L’hydroxychloroquine seule réduirait le taux de mortalité de 66 % et de 71% lorsque l’antipaludéen est associé à un antibiotique.

En parallèle, l’évaluation du Remdesivir se poursuit pour évaluer son éventuel impact sur la mortalité dans l'essai international de l'OMS Solidarity et son essai associé Discovery, conduit par l'Inserm dans plusieurs pays d'Europe bien que de nombreux cliniciens ne soient pas convaincus par le critère de jugement utilisé. Les études actuellement publiées ne permettent pas de savoir chez quels patients ce traitement serait utile. Il est donc impossible aujourd’hui d’affirmer son efficacité ou, au contraire, son inefficacité. De plus, il est important de souligner que l’étude Recovery, visant à prendre la défense du Remdesivir face à l’hydroxychloroquine, apparaît biaisée. L’étude de phase III sur le Remdesivir parue dans le New England Journal of Medecine (NEJM) semble occulter une partie des résultats. En effet, les résultats du critère secondaire de mortalité après 28 jours seraient volontairement masqué privant de cohérence les objectifs de base. L’étude devait porter sur 600 patients « modérés » et 400 patients « sévères » recevant des doses différentes de l’antiviral, pourtant, dans les conclusions de l’étude sur la diminution du temps d’hospitalisation des patients, ces derniers sont mélangés et environ 200 patients sont exclus des conclusions pour « absence de données ». De nombreux éléments mériteraient donc d’être éclaircis.

Du côté des vaccins, les études et essais cliniques continuent et deux instituts sont avancés dans leurs recherches. Le vaccin de l’Institut Jenner de l’Université d'Oxford en collaboration avec AstraZenaca (ChAdOx1) vient de publier des résultats positifs de la première phase des essais cliniques [5]. Au total, 1.077 volontaires ont participé à cet essai clinique, âgés de 18 à 65 ans et avec un bon état de santé général. Cet essai clinique indique donc qu'une injection unique de ChAdOx1 induit une immunité cellulaire et humorale contre le Covid ainsi que des réactions locales et systémiques désagréables mais qui ne sont pas dangereuses. Il ne s'agit là que des résultats de la phase 1/2. Ces résultats ne sont donc encore pas généralisables à tout le monde. Les essais de phase 3 sont d'ores et déjà lancés au Brésil, en Afrique du Sud et au Royaume-Uni. Actuellement en essai clinique, le nouveau vaccin contre la Covid-19 développé par l'Institut National de la Santé des États-Unis et l'entreprise de biotechnologies Moderna offre des résultats encourageants[6]. L'injection du produit est sûre et déclenche une réponse immunitaire chez l'ensemble des sujets participant à l'étude. Néanmoins, la moitié d'entre eux ont fait l'expérience d'effets indésirables (fatigue, frissons, migraines, douleurs musculaires). La phase 3 des essais cliniques démarrera le 27 juillet, avec 30 000 participants. Les chercheurs souhaitent concentrer leurs tests dans des villes particulièrement touchées par le virus et espèrent que cette phase de confirmation sera terminée au mois d'octobre.

Toutefois, une hypothèse scientifique pourrait venir compliquer la recherche et le développement d’un vaccin. En effet, la possibilité que certains des anticorps produits par l'organisme infecté par le Covid-19 ne soient pas protecteurs, mais au contraire facilitent une seconde infection plus grave, ne peut pas être écartée. Des chercheurs émettent l’hypothèse que des cycles répétés d'infections au sein d'une communauté, en particulier les personnes âgées et le personnel soignant, plus à risque, pourraient provoquer des formes plus graves de Covid-19. Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS impliquée à l'Inserm et à l'Institut Cochin dans la recherche sur le Covid-19 affirme qu’il s’agit d’un raisonnement « fiable et crédible » mais « qu’il faut maintenant vérifier avec des résultats ».

Cela paraît d'autant plus plausible, que les virus du SRAS et du MERS (cousins du SARS-CoV-2) ont montré qu'ils pouvaient générer des anticorps facilitants, en plus des anticorps neutralisants. Si cela venait à se confirmer, cela aurait un impact important sur la recherche de vaccin dont le principe est de mimer une première infection, de façon à ce que l'organisme produise des anticorps protecteurs. Néanmoins, si les anticorps produits ne protègent pas et aggravent même la seconde infection, le vaccin sera considérablement plus complexe à produire.

III. En France, un rapport des élus locaux revient sur la gestion de crise sanitaire

1 762 élus locaux issus de tous les territoires ont participé à une consultation nationale. Leur participation a été analysé dans un rapport d’information, fait au Sénat par les sénateurs Jean-Marie Bockel et Éric Kerrouche, au nom de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation sur les enseignements de la consultation nationale menée par le Sénat auprès des élus locaux pendant la période de confinement [7].

Ce rapport, à travers l'analyse des témoignages des élus locaux, porte la mémoire de la période de confinement, ses incertitudes de sa complexité, mais aussi ses enseignements. Il semblait important de donner la parole aux élus locaux puisque tout au long de la crise, ils ont été impliqués dans la gestion de la crise au côté des préfets et de manière générale des services de l'État. Par ailleurs, ils ont été en première ligne pour répondre aux attentes et questionnements de leurs concitoyens. Grâce à leur proximité, ils ont su garder la confiance de la population contrairement à l'exécutif.

Source : Sénat.fr / Copyright : Sénat.Fr / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : http://www.senat.fr/rap/r19-579/r19-5791.pdf

La crise sanitaire a mis les élus locaux à rude épreuve. Partout sur le territoire, la circulation active du virus et les incertitudes propres à cette situation sans précédent ont placé les élus en première ligne pour répondre aux attentes et aux interrogations des Français. Face aux difficultés, les élus ont fait le choix de l'action. L'esprit d'initiative et les solutions innovantes portées au niveau local par les collectivités territoriales ont permis de mieux gérer, au jour le jour, la période de confinement. Ces élus mettent aujourd’hui en exergue les contraintes auxquelles ils ont dû faire face afin de tirer tous les enseignements de la crise sanitaire. Tout juste sorti de cette expérience, les élus locaux demandent majoritairement, plus d’anticipation, de nouveaux moyens, une meilleure communication de l’État et plus de décentralisation ou tout au moins plus d’autonomie.


Source : Sénat.fr / Copyright : Sénat.Fr / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : http://www.senat.fr/rap/r19-579/r19-5791.pdf

La crise sanitaire « a contraint les différents acteurs à questionner leurs logiques habituelles et à en pointer les limites, que l’étroitesse des relations induite par la gestion de l’urgence a permis de corriger rapidement » [8].

Ainsi, 94% des élus locaux ont considéré que la crise avait mis en exergue la nécessité d’améliorer la manière dont les crises sanitaires sont gérées par l’État et les collectivités territoriales [9]