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Veille Hebdo Covid – Vers une stabilisation de la situation grâce au lancement des vaccinations ?

Par Chiara ALEXANDRE

Directeur de publication : Thomas MESZAROS

Responsable pédagogique : Fabien DESPINASSE


I. La situation sanitaire en Europe


Selon l’Organisation Mondiale de la Santé et Santé publique France [1], l’Europe reste cette semaine à l’origine de 37% des cas rapportés dans le monde. Bien qu’en léger déclin, la dynamique épidémique reste soutenue dans la zone Europe. On observe ainsi un déclin concernant le nombre de nouveaux cas (-9%) ainsi que le nombre de décès liés au Covid (-3%). Dans le monde, les pays rapportant le plus grand nombre de cas sont les États-Unis, le Brésil et l’Inde suivis de la Russie, l’Italie, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Ukraine, l’Iran et la Pologne. De nombreux pays européens figurent donc dans cette liste.


Source : Santé publique France / Copyright : Santé publique France / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : COVID-19 : point épidémiologique du 10 décembre 2020


Sur les sept derniers jours, on souligne dans plusieurs pays européens une stabilisation, voire une baisse, de plusieurs indicateurs épidémiologiques. Le taux d’incidence et la positivité des tests demeurent à des niveaux élevés et continuent de documenter une circulation active du virus. De plus, la pression hospitalière et la mortalité pour Covid restent en phase ascendante dans la zone Europe. Plusieurs pays continuent de rapporter une augmentation du nombre de nouveaux cas comme la Croatie, la Lituanie, le Danemark, la Finlande, l’Estonie ou encore la Lettonie. Toutefois, d’autres comme la France et l’Espagne rapportent une stabilisation récente qui reste à confirmer dans les semaines à venir.


Source : Santé publique France / Copyright : Santé publique France / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : COVID-19 : point épidémiologique du 10 décembre 2020


D’après la situation épidémiologique actuelle et les mesures de restriction instaurées dans différents pays, l’ECDC [2] estime qu’à l’approche des fêtes de fin d’année, les rassemblements, les mobilités et la « fatigue pandémique » constituent un risque élevé de reprise de l’épidémie pour la population générale et très élevé pour les populations vulnérables.


Le 10 décembre, Jean Castex, le Premier ministre français s’est félicité de la situation affirmant : « c’est en France que l’épidémie est aujourd’hui la mieux maîtrisée par rapport à nos voisins européens ». La France a effectivement divisé par 4,5 en seulement un mois le nombre de contaminations par jour. Toutefois, la projection des courbes du nombre de cas rapporté à la population démontre que l’Irlande semble être le pays à avoir le mieux maîtrisé la pandémie jusqu’à présent. L’Espagne compte également un nombre de contaminations, rapporté à sa population, plus faible que la France. De plus, en Espagne, la baisse semble se poursuivre contrairement à la France dont le nombre de nouveaux cas stagne depuis le début du mois de décembre.

Ainsi, les dirigeants européens préviennent leur population quant à la marche à tenir durant les fêtes. Le 9 décembre, au Bundestag, la chancelière allemande, Angela Merkel annonçait que face à la « situation sanitaire très préoccupante », de nouvelles restrictions pourraient être prises à la veille ou au lendemain de Noël, et ce au moins jusqu’au 10 janvier. Concernant la période des fêtes, un certain flou entoure encore le nombre de personnes autorisées dans les foyers, plusieurs Länder ont abaissé le seuil à cinq personnes.

En Italie, les voyages d’une région à l’autre restent interdits pour les fêtes et les italiens devront respecter un couvre-feu à 22 heures y compris le 24 décembre.

En Belgique, les autorités ont fixé une jauge de 800 infections et 75 hospitalisations par jour pour envisager un assouplissement des mesures. Le pays compte toutefois des nombres encore deux à trois fois supérieurs à cette jauge. Le couvre-feu est donc pour l’instant prolongé jusqu’au 15 janvier avec un aménagement pour le soir du 24 décembre.


En Espagne et au Royaume-Uni, les autorités ne souhaitent pas sacrifier totalement les fêtes. Le ministère de la santé espagnol s’est fixé comme objectif de « planifier des fêtes de Noël différentes, sans les dépouiller de leur âme ». Un cadre général défini permet donc quelques assouplissements aux mesures en vigueur. Les réunions privées pourront rassembler dix personnes, enfants inclus et le couvre-feu pourra être repoussé à 1h30 du matin entre le 23 décembre et le 6 janvier. Au Royaume-Uni, un relâchement temporaire des règles est également prévu. Du 23 au 27 décembre, trois familles pourront se réunir pour fêter la fin de l’année et les restrictions de déplacement seront suspendues.

En France, l’objectif de 5 000 nouveaux cas par jour au 15 décembre fixé par le Président ne semble pas atteignable. Le ministre de la santé reconnaît ainsi que « nous ne sommes pas encore sortis de la deuxième vague ». Ainsi, pour « réduire le risque de vivre un troisième confinement » les mesures attendues pour le 15 décembre ont été adaptées. A partir du 15 décembre, un couvre-feu sera appliqué à partir de 20 heures et non 21 heures et la circulation sera libre lors de la soirée de Noël uniquement. De plus, les cinémas, théâtres, musées et salles de spectacle resteront fermé jusqu’au 7 janvier.

Les mesures restrictives françaises sont saluées par les autres pays européens. Le ministre de l’Économie allemand a ainsi déclaré dans une interview croisée avec son homologue français accordée aux Échos : « cette fois, la France a tout fait correctement et a obtenu des succès impressionnants, alors qu’en Allemagne, l’élan de la deuxième vague n’a malheureusement pas encore été brisé ». En Saxe, le Land allemand le plus touché par la pandémie fermera le 15 décembre ses écoles, crèches et commerces « non essentiels ». Malgré l’amertume des commerçants certains admettent qu’il « aurait fallu agir un peu plus tôt en novembre ». Cependant, « politiquement et juridiquement, cela aurait été très compliqué » car les chiffres étaient encore assez bas.


II. Le lancement de la course aux vaccinations


Au Royaume-Uni, la semaine du 7 décembre est marquée par le commencement de la campagne de vaccination pour les personnes âgées de plus de 80 ans, les résidents des maisons de retraite et leurs soignants. Très vite, Stephen Powis, le directeur médical du service national de santé pour l’Angleterre a déclaré que deux personnes « ayant connu des réactions allergiques importantes ont mal réagi » au vaccin mis au point par Pfizer et BioNTech. Les deux personnes « se remettent bien » mais cela a permis de mette en exergue un risque pour les personnes ayant connu par le passé des réactions allergiques importantes telles des réactions anaphylactiques « à des vaccins, des médicaments ou de la nourriture ». Il est donc question de réactions allergiques graves obligeant les individus à avoir constamment sur eux de l’adrénaline en cas de mauvaise réaction.

Le ministre de la santé canadien a lui aussi annoncé que le vaccin du duo Pfizer et BioNTech « répond aux exigences rigoureuses du ministère en matière d’innocuité, d’efficacité et de qualité pour son utilisation au Canada ». Ainsi, Justin Trudeau, le premier ministre canadien, a décidé de lancer le « top départ de la plus grande campagne de vaccination de l’histoire » dès le lundi 14 décembre. 240 000 doses sont attendues d’ici la fin du mois de décembre et elles seront distribuées dans les 13 provinces canadiennes, au prorata de leur population mais dès le 14 décembre, le Québec et l’Ontario, les deux provinces les plus touchées, commenceront à vacciner les personnes âgées résidants dans les centres d’hébergement de soins de longue durée. Toutefois, certaines régions éloignées de tout centre urbain ont choisi d’attendre la commercialisation du futur vaccin de la société Moderna pour des raisons logistiques, le vaccin de Pfizer devant être transporté et conservé à -70°C.

Les États-Unis, se sont quant à eux livrés à un exercice de transparence inédit en organisant en live sur internet pendant la journée du 10 décembre un débat entre une vingtaine de spécialistes visant à examiner les données du vaccin de Pfizer [3] jugé sûr et efficace par l’Agence américaine des médicaments (FDA). Ce comité consultatif a, à l’issue de la journée, voté pour recommander à la FDA d’autoriser ce vaccin aux États-Unis. La distribution de ce vaccin sera par la suite coordonnée par le gouvernement fédéral et confiée au secteur privé. Les doses seront livrées directement aux hôpitaux et pharmacies qui vaccineront les deux groupes prioritaires : les résidents de maisons de retraite et les professionnels du secteur de la santé. Joe Biden, le président élu, s’est lui engagé à « distribuer 100 millions de doses de vaccin durent le cent premiers jours » de son mandat.

L’Agence européenne du médicament doit décider au cours des prochaines semaines de donner une autorisation de mise sur le marché conditionnelle à deux premiers vaccins : Pfizer et Moderna. L’Agence du médicament (ANSM) française s’est ainsi engagée, dès le commencement de la campagne de vaccination en France, à publier chaque semaine un rapport sur les effets indésirables potentiellement signalés de ces vaccins. Les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) seront ainsi chargés d’analyser les effets secondaires déclarés et « prendront en compte non seulement les cas remontés par les professionnels de santé et les patients, mais aussi les cas signalés par les laboratoires ».


Les annonces officielles se multiplient donc tandis que les laboratoires pharmaceutiques continuent leurs essais. Le 8 décembre 2020, The Lancet [4] a validé les résultats d’efficacité du vaccin développé par le laboratoire britannique AstraZeneca et l’université d’Oxford. La publication confirme ainsi que ce vaccin est efficace à 70% en moyenne contre le Covid-19, conformément à ce qu’avait annoncé le laboratoire le 23 novembre 2020. Les essais de ce vaccin avaient été suspendus début septembre suite à un « effet indésirable sérieux possiblement lié à l’injection » chez un volontaire.

Le vaccin d’AstraZeneca est le premier à voir ses résultats validés par une revue scientifique. Toutefois, bien que la publication confirme l’efficacité annoncée par le laboratoire et valide la stratégie du vecteur viral, elle ne permet pas de trancher la question du dosage de ce vaccin. En effet, au cours de l’essai de phase 3 le protocole prévoyait d’injecter deux doses de vaccin à un mois d’intervalle. C’est ce qui a été réalisé chez plus de 9 000 volontaires brésiliens et britanniques. Mais un groupe de 2 700 Anglais a reçu par erreur une demi-dose lors de la première injection et là où les deux doses prévues laissaient apparaître une efficacité de 62 %, le protocole fautif avait lui d’un taux de 90 %. Odile Launey, infectiologue et coordinatrice du Centre d’investigation clinique Cochin-Pasteur, rappelle que cet échantillon « reste insuffisant pour tirer des conclusions ». Cependant, l’article, rédigé par les scientifiques du laboratoire et de l’université d’Oxford, détaille les résultats des deux groupes et les rassemble, ce qui donne un taux global de 70 %. De plus, 82% des sujets ont moins de 55 ans et les résultats sur les plus âgés reste à être publiés. Les relecteurs du Lancet n’y ont pas trouvé à redire mais il s’agit désormais aux autorités sanitaires de se prononcer.

Par la suite, le vaccin Pfizer/BioNTech a fait l'objet d'une première publication scientifique dans le New England Journal of Medicine[5] avec des résultats très encourageants. Cette première publication scientifique consacrée à ce vaccin va pouvoir éclairer les déclarations de l'Agence européenne des médicaments, dont la directrice générale a déclaré aujourd'hui que les données délivrées par Pfizer-BioNTech mais aussi par Moderna pour leurs candidats vaccins contre le coronavirus sont « très solides ».

Cependant, du côté du candidat vaccin de Sanofi et GSK, les dernières annonces ne sont pas aussi positives. En effet, suite à une réponse immunitaire insuffisante chez l’adulte, les laboratoires se sont vus forcés d’annoncer que leur vaccin ne sera prêt qu’à la fin de l’année 2021 [6]. Les résultats intermédiaires des premiers essais sur l’homme lancés en septembre ont ainsi démontré une réponse inférieure à leurs attentes. Ce candidat vaccin s’appuie sur la technique dite de la protéine recombinante. Pour fabriquer une réponse immunitaire, elle prévoit d’injecter non pas un virus atténué ou inactivé, comme dans les vaccins traditionnels, mais un morceau du virus, la protéine d’enveloppe. Il s’agit de la technologie utilisée contre l’hépatite B ou encore la coqueluche. Cette technologie a l’avantage d’éviter les risques d’infection provoquée par l’injection d’un virus. En revanche, faute de disposer de la totalité du pathogène, elle déclenche une réponse immunitaire moindre. Pour optimiser leur candidat-vaccin, les laboratoires conduiront une phase d’essai complémentaire à partir de février en s’appuyant sur un test récemment mené sur des primates non humains avec une formulation d’antigènes améliorée.


[1] Santé publique France, « COVID-19 : point épidémiologique du 10 décembre 2020 », (en ligne). Disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/documents/bulletin-national/covid-19-point-epidemiologique-du-10-decembre-2020

[2] European Centre for Disease Prevention and Control, “COVID-19 situation update for the EU/EEA and the UK, as of 12 December 2020” (en ligne). Disponible sur : https://www.ecdc.europa.eu/en/cases-2019-ncov-eueea

[3] Pfizer, « PFIZER-BIONTECH COVID-19 VACCINE (BNT162, PF-07302048) VACCINES AND RELATED BIOLOGICAL PRODUCTS ADVISORY COMMITTEE BRIEFING DOCUMENT », publié le 10 décembre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.fda.gov/media/144246/download

[4] The Lancet, « Oxford-AstraZeneca COVID-19 vaccine efficacy », publié le 8 décembre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)32623-4/fulltext

[5] The New England Journal of Medecine, « Safety and Efficacy of the BNT162b2 mRNA Covid-19 Vaccine », publié le 10 décembre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.nejm.org/doi/10.1056/NEJMoa2034577

[6] GSK, « Sanofi and GSK announce a delay in their adjuvanted recombinant protein-based COVID-19 vaccine programme to improve immune response in the elderly », publié le 11 décembre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.gsk.com/en-gb/media/press-releases/sanofi-and-gsk-announce-a-delay-in-their-adjuvanted-recombinant-protein-based-covid-19-vaccine-programme-to-improve-immune-response-in-the-elderly/