Veille hebdo Covid : Situation sanitaire, mesures de reconfinement et notion d'acceptabilité

Par Chiara ALEXANDRE

Directeur de publication : Thomas MESZAROS

Responsables pédagogiques : Fabien DESPINASSE, Jean-Luc LAUTIER & Antoine CRÉTIEN

« Cette pandémie est une crise sanitaire comme on n'en voit qu'une par siècle et ses effets seront ressentis pour les décennies à venir » Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur de l’Organisation mondiale de la santé.

I. Regain de vigueur de la pandémie en Europe et aux États-Unis

En Europe, une augmentation considérable du nombre de nouveaux cas (+33%), du taux de positivité (>3%) et de la mortalité pour Covid-19 (+35%) est observée par rapport à la semaine précédente [1]. Selon le dernier rapport d’évaluation de risque de l’ECDC au 23 octobre [2], la situation est préoccupante dans 25 pays : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Croatie, République tchèque, Danemark, Espagne, France, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Lettonie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovénie, Slovaquie, Suède et Royaume-Uni. La vulnérabilité de la population européenne au SARS-CoV-2 est très élevée, avec un niveau d’immunité global inférieur à 15% dans la plupart des pays européens [3].

En réaction au manque de cohérence entre les différents pays membres de l’Union européenne en matière de santé lors de la première vague, les dirigeants se sont entendus lors d’un sommet par visioconférence au sujet de leurs stratégies vaccinales. Les Vingt-Sept auraient témoigné « d’un accord unanime pour réformer » l’OMS. Les ministres de la santé européens ont débattu des termes d’une déclaration commune destinée à être approuvée en novembre. Parmi les pistes explorées figure « la possibilité de mener des évaluations épidémiologiques indépendantes sur place dans les zones à haut risque en étroit lien avec les Etats concernés ». Cela semble faire directement référence à la situation de décembre 2019. La Chine avait été très critiquée pour avoir refusé des enquêtes entièrement indépendantes sur son sol au début de la pandémie.

De plus, l’UE annonce que 20 millions d’euros seront alloués au financement des transferts de patients hospitalisés d’un pays à l’autre. Pour faciliter ces transferts, les Etats devront « partager des données exactes et en temps réel » par l’intermédiaire d’une plate-forme mise en place au niveau européen qui recenserait les capacités en unités de soins intensifs. La présidente de la Commission européenne a appelé à renforcer l’interopérabilité des applications de traçage nationales : trois ont déjà été connectées au « système passerelle » établi par Bruxelles en vue de les relier entre elles, et dix-neuf autres devraient suivre. Cinquante millions d’Européens ont déjà téléchargé de tels programmes.

Cette semaine, l’Europe, débordée par la violence de la deuxième vague, multiplie les décisions de confinement. En Belgique, ce vendredi 30 octobre, le comité de concertation, réunissant le gouvernement fédéral et des représentants des entités fédérées, a annoncé que le pays allait être reconfiné du 2 novembre au 13 décembre.

Les magasins non essentiels, les bars et les restaurants fermeront dès lundi, les écoles resteront fermées jusqu’au 15 novembre. Le télétravail devient obligatoire, mais les entreprises qui ne peuvent l’appliquer pourront continuer à fonctionner, à condition de respecter des conditions strictes. La Belgique « suit l’exemple de son voisin français » qui a pris une décision similaire mercredi 28 octobre bien qu’en France, les écoles resteront ouvertes.

En Allemagne, la chancelière et les ministres présidents des régions souhaitent mettre en œuvre des « restrictions massives à partir du 2 novembre ». La mise en place d’un « confinement partiel » pour quatre semaines vise, par la fermeture des bars et la généralisation du télétravail, à freiner la propagation de l’épidémie. Comme en France, les crèches, écoles et supermarchés resteront ouverts.

En Italie, la situation sociale du pays complique la gestion de la crise sanitaire. Tiraillées entre manifestations anti-couvre-feu et prise de position pour un reconfinement, les autorités sont en difficulté face à l’augmentation des cas sur le territoire.

La pandémie de Covid-19 continue de paralyser le monde et connaît un regain de vigueur aussi bien en Europe qu’aux États-Unis, où de nouveaux records de contamination et de décès ont été atteints à la veille de l’élection présidentielle. En 24heures aux États-Unis 91 290 personnes ont été contaminées et 1 021 sont décédées du Covid-19. Actuellement, la situation la plus difficile concerne le nord des États-Unis et le Midwest. Le candidat démocrate Joe Biden a fait de la gestion de la crise sanitaire son principal angle d’attaque contre le Président républicain Donald Trump. Bien que les avancées médicales aient permis de réduire le taux de mortalité des patients Covid, le nombre de nouveaux cas atteint des records alarmants. Au cœur des élections, le « retour à la normale » promis par Donald Trump tranche avec le pessimisme de Joe Biden à propos du Covid-19. Dès le début de la pandémie, Donald Trump s'est employé à politiser la crise du coronavirus. Il est aujourd'hui largement critiqué pour sa gestion de la crise et le nombre de morts à déplorer mais ne change pas de politique et affirme même que le nombre de décès du Covid-19 s’explique en grande partie par des motivations financières affirmant : « nos médecins gagnent plus d’argent si quelqu’un meurt du Covid-19 » (« our doctors get more money if somebody dies from covid, you know that right? ») [4].

II. Les mesures françaises à l’épreuve de l’acceptabilité sociale

En France, la totalité du territoire métropolitain connait un second confinement. Bien que moins strict que le confinement du mois de mars, cette mesure stricte vise à limiter la propagation du virus et éviter la saturation des services hospitaliers. Dans sa prise de décision, le gouvernement français oscille entre responsabiliser la population sans en culpabiliser une tranche spécifique et sans mettre en difficulté l’acceptabilité des mesures.

Le reconfinement de la totalité du territoire métropolitain avait été recommandé, fin septembre, dans une tribune d’Esther Duflo et d’Abhijit Banerjee, les prix Nobel d’économie 2019, pour le journal Le Monde. En effet, l’augmentation du nombre de cas de Covid et du taux de positivité nécessitait des mesures strictes visant à « sauver » la période de Noël. En prenant pour exemple les longs week-ends du Memorial Day fin mai et du 4 juillet, jour de l’indépendance américaine, qui avaient été suivis de pics de contaminations, il apparaît évident que le retour des vacances, le week-end de la Toussaint ou encore la période de Noël sera malheureusement propice aux contaminations.

Mais une nouvelle question s’ajoute à la gestion de la crise sanitaire. L’épidémiologiste Dominique Costagliola explique que la sortie du confinement, ratée en matière de mesures et de communication, a fragilisé l’acceptabilité de la population Française malgré les craintes et l’inquiétude qui régissent désormais le quotidien des français.

Source : Futura Santé / Copyright : Futura Santé / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : Covid-19 : faut-il s'affoler devant les chiffres ?

Depuis le mois de mars, les mesures sanitaires préventives et restrictives se heurtent à la préservation des libertés individuelles de la population. Jusqu’à cette semaine, l’exécutif français s’était refusé à imposer des mesures trop contraignantes pour la population malgré la recrudescence de l’épidémie. Jean Castex parlait de « vivre avec le virus » mais l’aggravation de la situation hospitalière n’a pas laissé le choix au gouvernement et un nouveau confinement s’est imposé à la France, comme à de nombreux pays européens. Bien que le souci de l’acceptabilité sociale guide les choix impulsés par le gouvernement, réduire la circulation du virus reste la priorité. Mais comme l’affirmait Jean Castex le 13 septembre devant l’assemblée nationale, « je note toujours qu’il y a des anti-masque, des anti-vaccins. Covid ou pas Covid, la France reste la France » et les contestations des mesures seront toujours au cœur du débat public.

Toutefois, plus l’inquiétude est élevée, plus les Français sont prêts à restreindre leurs libertés et à respecter les mesures édictées pour freiner la propagation du coronavirus. L’aggravation de la situation et l’inquiétude grandissante semblent être des conditions à l’acceptation des mesures. L’impératif sanitaire prime et la solidarité nationale se fait plus forte encore en temps de crise, ainsi, la majorité des Français considèrent qu’il est nécessaire de renoncer à certaines de leurs libertés pour protéger leur santé et celle de leurs proches. Cependant, l’attente de la solidarité nationale corrélée à l’inquiétude des Français retardent les prises de décisions. Les mesures prises sont ainsi plus strictes et la situation d’ores-et-déjà critique. Il convient ainsi de se demander quels seraient les moyens de briser ce cercle vicieux et d’adopter des mesures préventives acceptées par la population plutôt que des mesures restrictives en réponse à la dégradation de la situation.

Dans une tribune pour le journal Le Monde, François Saint-Bonnet, historien du droit, explique que dans le contexte de la crise sanitaire, la restriction des libertés est faite au nom d’une « impérieuse nécessité » et les actions des autorités suppléent « le manque de civilité de certains ». Il convient donc de souligner que l’acceptabilité des mesures par la majorité de la population ne signifie pas un respect total de celles-ci. Le gouvernement mise donc sur les amendes pour dissuader les contestataires.

« Ne qualifions pas de dictature sanitaire ce qui relève en réalité d’un défaut de civisme ; un civisme qui, en matière sanitaire comme en d’autres, est la plus sûre garantie de la liberté. » François Saint-Bonnet.

III. Les dernières avancées médicales dans la lutte contre le Covid-19

Cela fait près de huit mois que l'épidémie de coronavirus s'est officiellement transformée en pandémie mondiale. Plus de 43 millions de cas ont été enregistrés et la Covid-19 a déjà fait plus de 1,2 million de morts. En août, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) prévenait que la pandémie allait être « très longue ». La plupart des scientifiques avaient anticipé une seconde vague pour l’automne 2020. Toutefois, peu d’entre eux ne s’attendait à ce qu’elle soit aussi brutale. Plusieurs éléments semblent corréler un climat plus froid avec une augmentation des nouveaux cas. Rester davantage dans des lieux clos quand il fait froid fait partie des explications possibles avancées par les chercheurs.


Source : Le Parisien / Copyright : Le Parisien / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : Covid-19 : y a-t-il un lien entre baisse des températures et hausse des contaminations ?

« L'augmentation du nombre de reproduction, actuellement aux alentours de 1,5 si l'on se base sur les chiffres des hospitalisations, nous a rappelé qu'il existe un facteur saisonnier, qui avait d'ailleurs été observé durant l'hiver austral -- qui correspond à notre été. L'Australie, par exemple, qui avait réussi à bien maîtriser l'épidémie, avait malgré tout subi une seconde vague. C'est malheureusement ce que nous sommes en train de vivre », Pascal Crépey, épidémiologiste et biostatisticien à l'École des Hautes études en Santé publique.

De nombreuses questions restent donc en suspend malgré la mobilisation de la communauté scientifique internationale.

La course au vaccin fait rage et les déclarations de l’OMS poussent les sociétés pharmaceutiques à accélérer les processus de développement d’un vaccin : « l'accès mondial aux vaccins, aux tests et aux traitements contre le coronavirus pour tous ceux qui en ont besoin, partout sur la Planète, est la seule solution [contre le coronavirus] ». Le processus de développement d’un vaccin est long et aléatoire mais théoriquement, un vaccin efficace peut en effet procurer une immunité suffisante pour arrêter la circulation du virus. Toutefois, l’historienne Nükhet Varlik, de l'université de Caroline du Sud rappelle que « dans l'histoire, seule la variole a pu être éradiquée par un vaccin ». Des chercheurs de la CUNY Graduate School of Public Health and Health Policy de New York ont effectué des simulations pour établir à partir de quelle efficacité le vaccin stopperait la propagation de la maladie. Selon leurs calculs, publiés dans l'American Journal of Preventive Medicine[5], l'efficacité du vaccin devra être « d'au moins 60 % pour éteindre l'épidémie en cours dans le cas où 100 % de la population est vaccinée ». Enfin, à supposer qu'un vaccin soit largement disponible, resterait à convaincre suffisamment de personnes de se faire vacciner. En effet, un sondage de l’Ipsos conduit au cours de l’été 2020 [6] affirme que sur 20 000 adultes venant de 27 pays différents, 74% d’entre eux accepteraient de se faire vacciner. A l’échelle de la France, ce chiffre descend à 59%. Il serait donc également intéressant d’étudier la notion d’acceptabilité concernant les politiques vaccinales. Les chercheurs expliquent dans leur étude que « si la couverture vaccinale descend à 75 % (ce qui est plus probable), l'efficacité du vaccin devra alors atteindre 80 % ».

Nombreuses sont donc les expérimentations pour mettre au point un vaccin contre la pandémie : actuellement 11 candidats-vaccins sont en dernière phase d’essais cliniques et 6 vaccins ont été autorisés (en Chine et en Russie par exemple) malgré le manque de résultats [7]. Mais des scientifiques continuent d’alerter les États quant à la défiance du public et la désinformation alimentée par les mouvements anti-masques et anti-vaccins qui pourraient remettre en cause l'efficacité des campagnes de prévention.


[1] Santé publique France « COVID-19 : point épidémiologique du 29 octobre 2020 », (en ligne). Disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/documents/bulletin-national/covid-19-point-epidemiologique-du-29-octobre-2020

[2] European Center for Disease Prevention and Control, “Risk assessment on COVID-19, 23 october 2020”, (en ligne). Disponible sur : https://www.ecdc.europa.eu/en/current-risk-assessment-novel-coronavirus-situation

[3] Plus un pourcentage important de personnes a été infecté, moins elles en contamineront de nouvelles. Cela permettrait ainsi de ralentir voir de casser la chaîne de contamination. Toutefois, il convient de rappeler que la stratégie de l’immunité collective n’a pas été retenue par les États européens.

[4] Donald Trump’s speech at Rally in Battleground Michigan, Waterford Township Michigan, “our doctors get more money if somebody dies from covid, you know that right?” (video en ligne). Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=HaLhzKZL3qk&feature=emb_logo

[5] American Journal of Preventive Medicine, “Vaccine Efficacy Needed for a COVID-19 Coronavirus Vaccine to Prevent or Stop an Epidemic as the Sole Intervention” 15 juillet 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.ajpmonline.org/article/S0749-3797(20)30284-1/fulltext

[6] Communiqué de presse Ipsos, « Three in four adults globally say they’d get a vaccine for COVID-19 » 31 août 2020, New York, (en ligne). Disponible sur : https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2020-08/ipsos-wef-covid-19-vaccine-global-survey-pr-08312020.pdf

[7] The New York Times, « Coronavirus Vaccine Tracker », mis à jour régulièrement, (en ligne). Disponible sur : https://www.nytimes.com/interactive/2020/science/coronavirus-vaccine-tracker.html

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