Veille hebdo Covid – Situation sanitaire en France et en Europe

Par Chiara ALEXANDRE

Directeur de publication : Thomas MESZAROS

Responsable pédagogique : Fabien DESPINASSE


I. La situation sanitaire en Europe


L’Europe a continué de signaler un nombre élevé de cas cette semaine, avec plus de 1,6 million de nouveaux cas et plus de 37 000 nouveaux décès, soit une diminution de 15% des cas et une augmentation de 2% des décès par rapport à la semaine précédente [1]. Les trois pays ayant signalé le plus grand nombre de nouveaux cas (le Royaume-Uni, la Russie et la France) représentent près de 40 % de tous les cas signalés dans la région. Les plus grands nombres de décès ont été signalés au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie [2].

Source : Santé publique France / Copyright : Santé publique France / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : COVID-19 : point épidémiologique du 21 janvier 2021


Le 21 janvier, une réunion des chefs d’État et de gouvernement européens visaient à trancher la question cruciale de la fermeture des frontières pour contrôler la propagation du virus. En mars 2020, ces fermetures intérieures avaient menacé le marché intérieur et paralysé l’économie européenne. Aujourd’hui, les Vingt-Sept souhaitent accélérer les campagnes de vaccination et limiter les déplacements d’un pays à l’autre. La France souhaite préserver une certaine fluidité au sein de l’Union européenne et milite pour que ceux qui voyagent d’un pays à l’autre pour des raisons dites « essentielles » puissent continuer à circuler librement tandis que l’Allemagne ne peut se résoudre à « exclure la fermeture des frontières » et prône une harmonisation des mesures de restriction au niveau européen. Toutefois, bien que les États membres de l’Union européenne ont su faire preuve d’une meilleure coordination en la matière, en s’entendant sur certains grands principes, ils restent seuls compétents dans les domaines sanitaire et des frontières. Ainsi, les recommandations de la Commission européenne, non contraignantes, déconseillent les « voyages non essentiels » et insistent sur l’importance de « continuer à faire fonctionner le marché unique ». Consciente des dégâts qu’une fermeture générale des frontières infligerait à l’économie, Ursula von der Leyen songe à la création d’une catégorie de « zones rouge foncé » dans les régions où la circulation du virus est particulièrement élevée, et pour lesquelles des tests et une quarantaine seraient exigés.

La situation sanitaire actuelle oblige toutefois certains gouvernements à prendre de nouvelles mesures de restrictions non homogènes à l’échelle européenne. La Belgique a interdit, le 22 janvier 2021, à sa population de voyager hors des frontières pour le mois de février. Ainsi, seuls les séjours jugés « essentiels » restent autorisés pour des raisons de décès, de soins médicaux, de coparentalité ou encore de nécessités professionnelles impératives. Le premier ministre, Alexander De Croo, justifie cette mesure expliquant que « le virus voyage avec les populations » et craint que le variant britannique se répande dans le pays.

En Allemagne, la deuxième vague de l’épidémie, bien plus meurtrière que la première, a forcé le gouvernement à prolonger jusqu’au 14 février ses mesures de restrictions. Les crèches, les écoles, les commerces non essentiels, les bars, restaurants et lieux culturels resteront fermés et le télétravail deviendra la norme « partout où cela est possible ».

Les Pays-Bas ont entamé leur premier couvre-feu. Les populations ont interdiction de sortir entre 21 heures et 4 heures 30 au moins jusqu’au 9 février. Cette mesure, justifiée par le gouvernement par la crainte du variant britannique, doit éviter un confinement obligatoire de jour.


II. L’état de la gestion de la crise sanitaire française


En France, le gouvernement s’est donné un délai d’une semaine pour déterminer si les mesures en vigueur sont suffisantes face à la menace sanitaire. Il est difficile à ce jour de mesure l’impact du couvre-feu à 18 heures bien qu’une baisse de la pression épidémie semble être observée dans les quinze départements concernés par cette mesure depuis le 2 janvier. Cette diminution doit cependant être appréhendée avec précautions car il existe des disparités entre départements et recouvre des situations sanitaires différentes. De plus, ces données dépendent fortement des politiques de dépistages de ces départements.

Ainsi, suite à l’étude des dernières données consolidées sur l’efficacité du couvre-feu, ainsi que sur la pénétration des variants sur le territoire, un nouveau confinement pourrait être envisagé par le gouvernement. Olivier Véran a déclaré que « si ça ne baisse pas (…) alors on prendra des mesures supplémentaires ».


« Si nous constations que malgré le couvre-feu sanitaire, la pression sur nos hôpitaux continue d’augmenter, nous pourrions aller jusqu’au confinement » Olivier Véran


La gestion de la crise par le gouvernement français a, jusqu’alors, fait l’objet de nombreuses enquêtes. La Commission d’enquête du Sénat [3], dans la réponse à la crise, fait « le triple constat d’un défaut de préparation, d’un défaut de stratégie ou plutôt de constance dans la stratégie et d’un défaut de communication adaptée ». Revenant sur des principes de gestion de crise clairs, la commission met en exergue une veille activée tôt, avec une « mise en alerte progressive du dispositif de prévention des risques sanitaires dès le 2 janvier 2020 » qui traduit une réaction précoce du ministère de la santé mais regrette des décisions tardives et peu cordonnées. La Commission insiste également sur le manque de transparence et d’anticipation quant à la gestion des stocks de masques. Cet élément, longuement discuté en audition, semble être la première leçon de la crise. Aujourd’hui, le ministre de la santé assure vouloir « jouer la transparence » sur la campagne de vaccination.

Suite à son enquête, la Commission su Sénat a établi une liste de proposition visant à améliorer la gestion de crise sanitaire [4]. Ces propositions traitent majoritairement de la notion d’anticipation et de la « gouvernance » en temps de crise en adaptant le fonctionnement de l’État à la situation de crise. En effet, la Commission conseille, en amont de la crise, de « sécuriser la gestion des stocks stratégiques », de « garantir la continuité des soins en temps de crise » ou encore de « garantir l’adéquation des capacités de la politique de dépistage aux besoins de la crise ». De plus, elle appelle au renforcement du « pilotage interministériel dans la préparation et la réponse aux urgences sanitaires » ou encore au retour à une gestion de crise territoriale par le Préfet.

Enfin, afin de garantir une organisation décentralisée, la Commission a mis en œuvre un « schéma de gouvernance de crise » ainsi qu’un « schéma de la gouvernance de la préparation aux urgences sanitaires » devant être mis en alerte dès l’identification d’un risque ou d’un rebond épidémique.

Source : Sénat / Copyright : Sénat / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : SANTÉ PUBLIQUE: POUR UN NOUVEAU DÉPART


Suite à l’étude de ce rapport soulignant principalement le manque d’anticipation du gouvernement, il est important de souligner que « la gestion de crise comporte cette dimension humaine et contextuelle indépendante de la perturbation elle-même qui nécessite donc une préparation spécifique » [5]. Toutefois, deux approches théoriques illustrent l’ambiguïté entourant la problématique de la gestion de crise. Il est difficile d’établir un consensus quant à la définition de la gestion de crise, et sur ce sujet, deux écoles « s’affrontent » : les écoles processuelle et événementielle.

De prime abord, l’approche de la gestion de crise par la Commission rejoint la théorie de l’école processuelle, qui définit la crise comme une série de dysfonctionnements. Cette école, et la Commission, conseillent ainsi la mise en place de plans et d’organisations spécifiques visant à limiter et réduire les dysfonctionnements.

Toutefois, les recommandations de la Commission rappellent également qu’il est essentiel de prendre en compte les spécificités de la crise et par cela, l’approche processuelle est complétée par l’approche événementielle de la gestion de crise, pour laquelle la crise résulte d’un évènement qu’il est vain de toujours vouloir prévoir.


« La gestion de crise doit […] être enseignée comme un art ou un savoir-faire, non comme une science ; comme pour les autres arts, le succès peut dépendre de la capacité à s’écarter des règles et des précédents » Coral Bell (école événementielle) [6].


III. Les dernières actualités sur les campagnes vaccinales


Le 27 janvier 2021, la campagne de vaccination anti-Covid aura débuté depuis un mois. A ce jour, des millions de doses du vaccin Pfizer ont été administrées dans le monde et aucune des agences nationales ou régionales responsables de la pharmacovigilance n’a lancé d’alerte concernant de potentiels effets indésirables graves. Des pays ont enregistré des décès parmi les personnes vaccinées, toutefois, Mounia Hocine, ancienne présidente de la Société française de biométrie et spécialiste du suivi en pharmacovigilance, rappelle que les premiers vaccinés sont les populations les plus vulnérables, âgées et fragiles, ainsi, « la question est de savoir si la mortalité est plus élevée que celle attendue ». Les autorités norvégiennes ont par exemple affirmé que la trentaine de décès survenue dans un court laps de temps après la délivrance du vaccin n’indiquent pas de lien de cause à effet. Une analyse plus définitive reste en cours dans les pays concernés.

Suite au renforcement de la campagne de vaccination, le premier ministre français, Jean Castex, a annoncé cette semaine qu’un million de Français avaient été vacciné. Mais suite à l’accélération des campagnes européennes les fabricants de vaccins sont contraints par des tensions d’approvisionnement et peinent à tenir la cadence. Le rythme de production, bien qu’aménagé avec la crise, ne semble pas assez soutenu pour répondre à l’urgence. En effet, pour fabriquer leur vaccin, Pfizer-BioNTech et Moderna, ont besoin de matières premières qui, jusqu’en 2020, n’étaient pas produites à grande échelle. Les fabricants sont ainsi dans l’obligation de diversifier leurs sources d’approvisionnement, sans toujours parvenir à sécuriser leurs besoins. Pfizer-BioNTech garde toutefois les capacités suffisantes pour garder la production du principe actif en « interne » tandis que Moderna est dans l’obligation de la sous-traiter. Les fabricants restent à ce jour dans l’obligation de trouver des solutions « flexibles » afin d’assurer leurs commandes et leurs livraisons dans les temps.


L’organisation logistique mouvante des fabricants ne semble pas être le seul élément inquiétant pour la communauté scientifique mondiale. Les variants, leur contagiosité, et la troisième vague qu’ils nourrissent, interrogent sur la capacité de souches émergentes à se diffuser plus rapidement, à réinfecter les convalescents et à contrecarrer les efforts de vaccination. Le variant britannique, qui se répand malgré un confinement et le succès de la campagne vaccinale nationale, inquiète les pays européens. Présent dans une soixantaine de pays, il fait l’objet de nombreuses études mais les données restent « actuellement incertaines » ainsi, « davantage d’études sont nécessaires ». Cependant, un document du Nervtag [7], met en évidence une plus grande létalité du variant. En effet, ce variant, considéré comme se transmettant « entre 50% et 70% plus facilement que le virus souche » [8], semblerait désormais être « entre 30% et 40% plus létal » [9].

[1] Santé publique France, « COVID-19 : point épidémiologique du 21 janvier 2021 », (en ligne). Disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/documents/bulletin-national/covid-19-point-epidemiologique-du-21-janvier-2021

[2] Resilience France, « COVID-19 : Situation dans le monde au 20/01/2021 à 18h00 » (en ligne). Disponible sur : https://data.hcfdc.org/storage/get/pdf/AXcgwTCbL27h1aa4Foxd

[3] Sénat, « Commission d'enquête pour l'évaluation des politiques publiques face aux grandes pandémies à la lumière de la crise sanitaire de la covid-19 et de sa gestion », rapports disponibles en ligne sur : http://www.senat.fr/commission/enquete/gestion_de_la_crise_sanitaire.html

[4] Sénat, Commission d’enquête COVID-19, « L’essentiel, Santé publique : pour un nouveau départ – leçons de l’épidémie de Covid-19 », (en ligne). Disponible sur : http://www.senat.fr/rap/r20-199-1/r20-199-1-syn.pdf

[5] Ruelle, Stéphanie. « Continuité d’activité et gestion de crise : de la technique à l’humain », Sécurité et stratégie, vol. 10, no. 3, 2012, pp. 32-40.

[6] C. Bell : International Crises and Crisis Management – An East-west Symposium, Decision Making by Governments in Crisis Situations, in Frei, D edition, p.50-58, 1978..

[7] Le New and Emerging Respiratory Virus Threats Advisory Group (NERVTAG) est le groupe consultatif sur les menaces de virus respiratoires nouvelles et émergentes est un organe consultatif qui conseille le conseiller médical en chef du gouvernement du Royaume-Uni.

[8] Centre for mathematical modelling of infectious diseases, . « Estimated transmissibility and severity of novel SARS-CoV-2 Variant of concern 202012/01 in England », le 31 décembre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://cmmid.github.io/topics/covid19/uk-novel-variant.html

[9] New and Emerging Respiratory Virus Threats Advisory Group, « SAGE meeting paper: Cover Sheet – NERVTAG note on B.1.1.7 severity », le 21 janvier 2021, (en ligne). Disponible sur : https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/955239/NERVTAG_paper_on_variant_of_concern__VOC__B.1.1.7.pdf

41 vues0 commentaire

Institut d’Études des Crises et de l’Intelligence Économique et Stratégique

Université Jean Moulin Lyon 3 - CLESID

15 Quai Claude Bernard, 69007 Lyon

crisesinstitut@gmail.com

©2020 par Institut d’Études des Crises et de l’Intelligence Économique et Stratégique.

Institut de recherche à but non lucratif

N°RNA W691090048 - n° de parution 20160011