Veille hebdo Covid – Situation mondiale au début de l’automne

Par Chiara ALEXANDRE

Directeur de publication : Thomas MESZAROS

Responsables pédagogiques : Jean-Luc LAUTIER, Fabien DESPINASSE & Antoine CRÉTIEN

Ces dernières semaines, la pandémie semble épargner des pays durement touchés aux mois de mars et avril comme la Chine ou encore l’Italie. Toutefois, plus de 200 000 nouveaux cas sont encore rapportés chaque jour dans le monde.


Source : The New York Times / Copyright : The New York Times / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : Covid World Map: Tracking the Global Outbreak

I. Situation dans le monde 10 mois après le début de la pandémie

Alors que l’épidémie de Covid est apparue en décembre au cœur de la ville de Wuhan, peu d'informations filtrent ces dernières semaines sur l'évolution du virus en Chine. Emmanuel Lincot, un sinologue, affirme toutefois que la Chine n’a pas encore réussi à contrôler l’épidémie. La Semaine dorée (fête nationale) ayant démarré le 1er octobre, le régime chinois cherche à « s’adresser un satisfecit ». Cependant, de nouvelles infections apparaîtraient notamment dans les régions à proximité des frontières russes, coréennes et birmanes.

Le Japon a, quant à lui, décidé, depuis le 1er octobre, d’assouplir les mesures restrictives d’entrée sur le territoire. Depuis la propagation de l’épidémie au printemps, l’archipel interdisait toute entrée sur le sol nippon depuis 159 pays et régions.

Aux États-Unis l’élection présidentielle semble être rattrapée par l’épidémie de Covid. Donald Trump a annoncé avoir été testé positif au Covid-19 et a été admis à l’hôpital au moment où il déclarait à la population lors d’une allocution préenregistrée « la fin de la pandémie en en vue ». En pleine campagne, le président américain va devoir suspendre de nombreux meetings à seulement un mois des élections alors que mi-septembre il ne recueillait l’assentiment que de 40,4 % des personnes interrogées à propos de sa gestion de la maladie. Au cours du débat houleux du 29 septembre, le président a ironisé sur la discipline que s’impose Joe Biden, qui porte un masque en toutes circonstances et a renoncé aux meetings et aux bains de foule afin de respecter les recommandations des centres de contrôle et de prévention des maladies.

Pour le New York Times, cette nouvelle « plonge le pays dans l’incertitude » après que le Président ait passé des mois « à minimiser la sévérité d’une épidémie qui a coûté la vie à 207 000 Américains ». La gestion de cette situation inédite, ses conséquences sur l’opinion, et notamment la communication de la Maison blanche, sera, à quelques semaines de l’élection présidentielle, particulièrement observée [1].

En Europe, la reprise épidémique continue sa courbe. Les autorités européennes ont averti que les derniers chiffres de contaminations enregistrés sont « pires » qu’au printemps derniers. Pour la commissaire européenne, l’objectif principal est « d’éviter une situation dans laquelle les gouvernements n’auraient d’autre choix que d’imposer des confinements généralisés ».

En Europe, les taux d'incidence [2] les plus élevés sont actuellement observés en Espagne, en République tchèque, en France, aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg, au Danemark, au Royaume-Uni et en Autriche [3]. Selon le dernier rapport d'évaluation de risque de l'ECDC au 24 septembre [4], une transmission [5] élevée est actuellement rapportée dans les pays suivants (plus marquée chez les jeunes adultes) : Autriche, Danemark, Estonie, France, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Slovaquie, Slovénie, Royaume-Uni.


Source : ECDC / Copyright : ECDC / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : COVID-19 situation update for the EU/EEA and the UK, as of 3 October 2020

Source : Santé publique France / Copyright : Santé publique France / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : COVID-19 : point épidémiologique du 1er octobre 2020

En France, la discordance entre la positivité des tests et le taux de mortalité continue à être observée. Toutefois, le conseil scientifique craint que les hôpitaux français soient débordés « d’ici à quelques semaines ». La métropole d’Aix-Marseille, Paris et la Guadeloupe restent les seuls territoires en zone d’alerte maximale, mais Lille, Lyon, Grenoble, Toulouse et Saint-Etienne ont été « placées en sursis ». Ces villes pourraient devoir appliquer de nouvelles mesures de restriction d’ici à la semaine prochaine si leurs indicateurs ne venaient pas à s’améliorer. Suite aux décisions gouvernementales unilatérales prises concernant la métropole d’Aix-Marseille, le gouvernement s’entretiendra désormais avec les maires et préfets des territoires placés en zone d’alerte maximale. Une concertation donnera lieu à une étude locale de la situation et les territoires disposeront d’un certain délai pour mettre en place les dernières mesures.

Paris et les trois départements limitrophes (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne) voient désormais leurs bars fermer pour au moins quinze jours alors que dans la métropole d’Aix-Marseille, les restaurants sont autorisés à rouvrir. Le protocole sanitaire applicable aux territoires placés en zone d’alerte maximale semble ainsi évolué au fil de la situation et vise à être révisé tous les quinze jours. À ce jour, les restaurants restent ouverts aux horaires habituels mais les restaurateurs devront respecter la mise en place d’une distance d’un mètre entre chaque table, limitée à six convives, contre dix auparavant, et le port du masque la plupart du temps sauf lors de la consommation des plats.

Cette semaine, l’Assemblée nationale a donné son feu vert à la prolongation controversée des moyens aux mains du gouvernement, des fermetures de restaurants à la restriction des déplacements, jusque fin mars prochain. Le gouvernement français a annoncé examiner les propositions des représentants des restaurateurs mécontents de la limitation de leurs horaires d’ouverture, voire de leur fermeture, en raison de l’épidémie due au nouveau coronavirus.

« Des mesures fortes et précoces peuvent être difficiles à accepter tant qu’il n’y a pas de crise visible. Inversement, s’il y a une nouvelle crise, ne pas avoir mis en place ces mesures serait sans doute reproché a posteriori » Note d’Alerte du Conseil scientifique COVID-19, 22 septembre 2020.

II. Un besoin d’affirmation de la place des citoyens dans la gestion de crise sanitaire en France

« Le renforcement de la place de la démocratie et de ses processus irrigue aujourd’hui la société française et répond à une attente légitime des citoyens. Le champ de la santé n’échappe pas à cet idéal démocratique. » Karine Lefeuvre, Roland Ollivier [6].

La démocratie sanitaire est « une démarche associant l'ensemble des acteurs du système de santé dans l'élaboration et la mise en œuvre de la politique de santé, dans un esprit de dialogue et de concertation » [7]. En France, au niveau local, ce sont les agences régionales (ARS) qui l’animent en principe à travers le développement du débat public. La démocratie sanitaire s’organise à travers la réelle implication des représentants des usagers et des acteurs de la santé. Toutefois, l’acquisition d’un certain nombre de savoirs fondamentaux reste un prérequis incontournable pour leur permettre de faire entendre leur voix et leur point de vue. La démocratie sanitaire est législativement protégée en France [8] mais la crise sanitaire semble avoir mis en exergue ce que Lise Demailly appelle un « chantier conjoint de la démocratie politique et de la démocratie sociale » [9]. Le déficit de confiance de la population envers le gouvernement français a ravivé la volonté de chacun de pouvoir s’exprimer et être entendu.

Aujourd’hui, après l’étude de la situation sanitaire qui a débuté en dernier, de nombreuses voix appellent à repenser ce modèle dans un objectif d’une meilleure cohésion sociale. Emmanuel Rusch, président de la Conférence nationale de santé, soulève la question suivante : la démocratie en matière de santé est-elle possible en temps de crise ? Il affirme ainsi que « depuis le début de la crise, aucune des instances dédiées [10] n’a été mobilisée par les pouvoirs publics, et quand elles se sont manifestées, leur parole n’a guère été prise en compte ».

« La démocratie en santé a explosé dès le premier jour. Nous n’avons été associés ni au comité d’experts ni à la décision de confiner. Nous n’avons pas été entendus sur le déconfinement et avons dû monter au créneau en urgence, fin août, alors que le projet de décret relatif au retour au travail des personnes vulnérables était déjà bouclé. » Gérard Raymond, président de France Assos Santé, qui représente l’interlocuteur officiel des pouvoirs publics selon la loi du 26 juillet 2016.

Malgré l’encadrement législatif des instances de démocratie sanitaire, la sidération liée à l’urgence de la crise semble avoir coupé le dialogue. Dès le 13 mars, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) [11] a pourtant alerté le gouvernement de la nécessaire « inclusion et participation de la société à la réponse au Covid-19 ». Le CCNE affirme ainsi qu’au-delà d’une information transparente à consolider, la mise en place d’une instance mixte d’experts scientifiques conjointement avec des membres de la société civile aurait pu faciliter l’appropriation par l’ensemble des citoyens des mesures qui seront prises dans le cadre de la lutte contre l’épidémie [12]. Le 20 mai 2020, le CCNE a, à nouveau, évoquée la nécessité d’un « grand débat public sur les enjeux de la crise sanitaire » [13]. Pour les spécialistes de la démocratie sanitaire, la crise ne semble ainsi pas justifier la mise à l’écart de la population. Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public affirme que « même en situation d’urgence, il y a moyen de faire participer les citoyens, surtout lorsque les décisions prises touchent aussi intimement à leurs libertés et leur mode de vie » avant d’ajouter que « la crise liée au Covid-19 est l’occasion de développer des pratiques de décision plus participatives et plus inclusives ». En effet, l’épidémie de Covid pourrait être l’occasion d’une remise à plat d’un dispositif de concertation fragile dans le domaine de la santé comme ce fut le cas en 2004 lors de la modernisation de la sécurité civile. L’affirmation de la place du citoyen permettrait ainsi de compter sur leur « comportement informés et responsables, préparés à affronter les risques et les menaces par une connaissance effective du danger et des consignes de prévention et de protection, et capables de s'intégrer utilement dans l'organisation collective au stade de la réponse » [14].

A l’échelle individuelle, la crise sanitaire a mis en exergue la difficulté de mise en œuvre des droits des résidents des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes par exemple. Emmanuel Rusch et Karine Lefeuvre souligne respectivement que « le processus d’isolement des patients, l’arrêt des visites des familles, tout ceci peut être vu comme un non-respect du droit des usagers, qui fait partie intégrante de la démocratie en santé » et que la crise sanitaire engendre une tension entre contraintes et libertés. Dans le domaine de la santé, prendre en compte l’avis du citoyen, de façon structurée, représentative et transparente » devrait être « un levier puissant pour reconstruire la confiance ».

III. Les dernières avancées de la course au vaccin

Les essais cliniques des potentiels vaccins contre le Covid-19 se multiplient. Cette semaine, la Banque mondiale a demandé à son conseil d’administration d’approuver un financement supplémentaire de 12 milliards de dollars afin d’aider les pays pauvres à acheter et distribuer ces vaccins. À ce jour, 58 laboratoires dans le monde font la course au potentiel vaccin contre le nouveau coronavirus.

Dans la course au vaccin, la concurrence entre les États ne faiblit pas et pour faire avance leurs recherches certains pays n’hésitent pas à espionner les laboratoires pharmaceutiques voisins. En septembre 2020, un laboratoire pharmaceutique espagnol (dont le nom n’a pas été révélé) a affirmé s’être fait voler des données par des hackers chinois. Le service de renseignements espagnols affirment que les hackers avaient lancé « une campagne particulièrement virulente, pas seulement en Espagne, contre des laboratoires qui travaillent à la recherche d'un vaccin ». Le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères chinois a démenti ces accusations en précisant que « la recherche et le développement de vaccins contre le Covid-19 est bien plus avancé en Chine que dans les autres pays. Nous n'avons pas besoin de voler les données des essais en cours chez les autres pour mettre au point un vaccin ».

Les services secrets américains avaient décelé les premiers hackings de la part de la Chine en février lorsque le virus commençait à se développer aux États-Unis. Leslie Minton, la porte-parole de l'Université de Caroline du Nord a déclaré recevoir « régulièrement des alertes des agences de sécurité américaines » concernant des tentatives d’intrusion dans la base de données de l’Université. De plus, le 22 juillet, l'administration américaine avait ordonné à la Chine de fermer son consulat à Houston en partie parce que des agents chinois l'avaient utilisé comme avant-poste pour obtenir des informations auprès d'experts médicaux.

L'OMS collecte des données sur les vaccins en cours de développement et au sein de l’OMS des agents chinois auraient utilisé des informations « pour mieux cibler ses tentatives de piratages de vaccins ». Et bien qu’une grande partie des études de l’organisation soit rendue publique, les pirates chinois auraient pu bénéficier d'informations précoces sur les vaccins que considérés comme les plus prometteurs par l’OMS.

L’Université d’Oxford qui travaille sur un vaccin en partenariat avec l'industriel AstraZeneca, avait, elle, été la cible d’hackers russes. Le laboratoire est désormais suivi de près par le Centre national de cybersécurité de Grande-Bretagne. En juillet dernier, la National security agency américaine avait aussi accusé la Russie de piratage et plusieurs laboratoires travaillant sur le Covid-19 auraient été ciblés. Adam Schiff, le chef du comité de renseignements de la Chambre des États-Unis a déclaré que « l'enjeu est élevé pour Poutine - le prestige international, le bénéfice économique, la politique intérieure - sachant qu'il n'a pas été efficace dans sa gestion de la pandémie de Covid-19 en Russie, et il ne serait pas surprenant qu'il veuille influencer ses services d'espionnage dans ce sens ». Mais de son côté, la Russie assure qu'elle n'aurait « rien à voir » avec les faits. A la menace mondiale du SARS-CoV-2 s'ajoutent donc les cyber-menaces, qui peuvent frapper n'importe quel pays.


[1] Pour aller plus loin : Étude de l’élection présidentielle américaine au cœur de la crise par Laurence Nardon et Corentin Sellin sur RTS (en ligne). Disponible sur : https://www.rts.ch/play/tv/la-matinale-en-video/video/la-matinale-video-laurence-nardon-et-corentin-sellin-emission-speciale-usa?urn=urn:rts:video:11653259&id=11653259

[2] En épidémiologie, le taux d'incidence rapporte le nombre de nouveaux cas d'une pathologie observés pendant une période donnée - population incidente- à la population dont sont issus les cas (pendant cette même période)- population cible -. Il est un des critères les plus importants pour évaluer la fréquence et la vitesse d'apparition d'une pathologie.

[3] Santé Publique France, « COVID-19 : point épidémiologique du 1er octobre 2020 », 1er octobre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/documents/bulletin-national/covid-19-point-epidemiologique-du-1er-octobre-2020

[4] ECDC, « Risk assessment on COVID-19 », 24 septembre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.ecdc.europa.eu/en/current-risk-assessment-novel-coronavirus-situation

[5] La capacité appelée « transmissibilité » se mesure par le nombre de reproduction R du virus, aussi appelé « taux de reproduction », c'est-à-dire le nombre moyen de cas secondaires provoqués par une seule personne infectée au cours de sa période contagieuse.

[6] K. Lefeuvre et R. Ollivier, La démocratie en santé en question(s), Presses de l’EHESP, 2018, p.13

[7] Agence Régionale de Santé « Qu’est-ce que la démocratie sanitaire ? », 3 octobre 2018, (en ligne). Disponible sur : https://www.ars.sante.fr/quest-ce-que-la-democratie-sanitaire-10

[8] Légifrance.gouv : LOI n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé (1) et Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé (1)

[9] Lise Demailly, « Variations de la “démocratie sanitaire” et poli- tique publique de santé mentale en France », SociologieS, « Théories et recherches », 18 juin 2014, http://journals.openedition.org/ sociologies/4653.

[10] Ces instances sont les ARS, France Assos Santé qui a vocation à regrouper des associations représentants les usagers, les Conseils territoriaux de Santé, les Commissions des Usagers à l’échelon local mais aussi les Conseils de Vie Sociale dans les établissements sociaux et médicaux-sociaux…

[11] Groupe de travail composé de Sophie Crozier, Jean-François Delfraissy, Pierre Delmas-Goyon, Pierre-Henri Duée, Claire Hédon et Frédéric Worms, ainsi que de Jean-Claude Desenclos, directeur scientifique de Santé publique France et Marie-Christine Simon, directrice de la communication du CCNE.

[12] CCNE, « Covid-19. Contribution du comité consultatif national d’éthique : enjeux éthiques face à une pandémie », 13 mars 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.ccne-ethique.fr/sites/default/files/publications/reponse_ccne_-_covid-19_def.pdf

[13] CCNE, « Enjeux éthiques lors du déconfinement : Responsabilité, solidarité et confiance », 20 mai 2020 (en ligne). Disponible sur : https://www.ccne-ethique.fr/sites/default/files/publications/ccne_-_reponse_a_la_saisine_cs_enjeux_ethiques_lors_du_de-confinement_-_20_mai_2020.pdf

[14] Annexe de la Loi n° 2004-811 du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile (1).

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