Veille Hebdo Covid : Reconfinements, couvre-feux : quelle est la situation sanitaire mondiale ?

Par Chiara ALEXANDRE

Directeur de publication : Thomas MESZAROS

Responsables pédagogiques : Fabien DESPINASSE, Jean-Luc LAUTIER & Antoine CRÉTIEN


I. Reconfinements, couvre-feux, campagnes de tests : les dernières mesures restrictives à travers le monde

Le nombre de cas COVID-19 est en hausse partout dans le monde. Les foyers majeurs de l'épidémie sont en Europe (35% des cas) et dans les Amériques (31%). Un léger déclin de l’épidémie est observé en Asie du Sud-Est où sont localisés 25% des cas rapportés dans le monde. Néanmoins, la zone conserve un nombre de cas élevé et une augmentation de la mortalité. L’incidence reste très hétérogène selon les régions et métropoles de chacun des pays [1].

Le 12 octobre 2020 le directeur de l’OMS a déclaré que « jamais le nombre de cas rapportés n'a atteint les records enregistrés ces quatre derniers jours ».

En Chine, après deux mois sans transmission locale, selon les informations officielles, l’épidémie de Covid ressurgit dans la ville de Qingdao. Les autorités ont ainsi pris la décision de lancer une campagne visant à tester les 9 millions d’habitants en cinq jours. Ces mesures drastiques ont pour objectif d’empêcher la propagation de l’épidémie au-delà des frontières de la province.

En Europe les taux d’incidence sur 7 jours les plus élevés sont observés en République tchèque, aux Pays-Bas, en Belgique, en France, au Royaume-Uni, en Islande, en Slovaquie et à Malte. L’incidence rapportée en Espagne est en baisse depuis près de trois semaines mais elle reste élevée dans les régions de Navarre et de Madrid [2].

Aux Pays-Bas, face à une augmentation inquiétante du nombre de cas, les autorités ont annoncé un net durcissement des mesures préventives. Le Premier ministre, Mark Rutte, a ainsi mis en place un « confinement partiel » sur l’ensemble du territoire : les restaurants et cafés seront désormais fermés entre 20heures et 7heures, la plupart des évènements sont interdits et les activités sportives en groupe sont limitées à quatre personnes. De plus, le port du masque, pourtant décrié dans l’ensemble du pays, est désormais « vivement recommandé » dans l’ensemble des espaces publics intérieurs alors qu’il n’était obligatoire que dans les transports en communs.

En Belgique, le Premier ministre, Alexander De Croo affirme que les autorités prennent des mesures « pour éviter le pire ». Revenant sur les mesures d’assouplissements de ces dernières semaines, le gouvernement a décrété la fermeture des cafés et restaurants pour un mois et l’instauration d’un couvre-feu de minuit à 5 heures. De plus, le télétravail devrait redevenir la norme partout où ce sera possible. La situation de certains hôpitaux à Liège ou encore à Bruxelles atteint un seuil critique et apparaît globalement plus alarmante qu’en mars et les autorités fédérales ne semblent pas exclure la possibilité d’un nouveau confinement généralisé.

Au Royaume-Uni, la situation se dégrade également. L’Irlande du Nord recense l’un des taux d’incidence les plus élevés d’Europe et le gouvernement local prend de nouvelles mesures s’approchant d’un reconfinement : le télétravail redevient la norme tandis que les bars et restaurants seront fermés pour au moins un mois. De plus, les écoles seront fermées et les vacances scolaires d’octobre allongées d’une à deux semaines.

En Espagne des mesures similaires sont prises. Le 14 octobre, la région autonome de Catalogne (compétente en matière de santé) a annoncé les mesures plus drastiques prises depuis la fin de l’état d’urgence sanitaire national, le 21 juin dernier. Tous les bars et restaurants de la région devront fermer pendant au moins quinze jours et toutes les compétitions sportives sont interdites. Depuis le 9 octobre, la région autonome de Madrid est en « état d’urgence » et plusieurs millions de personnes ne peuvent plus sortir de leur commune [3].

En Italie, un décret adoptant une série de mesures plus contraignantes a été pris cette semaine. L’état d’urgence sanitaire a été prolongé jusqu’au 31 janvier 2021 et l’obligation du port du masque s’applique désormais dans toutes les circonstances et lieux en dehors de son domicile.

En Allemagne, les dernières mesures ont été jugées disproportionnées et annulées par le tribunal administratif. En effet, la décision de fermeture des bars entre 23heures et 6heures a été cassées par la justice qui a estimé que ces horaires ne contribuaient pas à « une réduction significative de l’incidence de l’infection ».

Cette décision administrative allemande remettrait donc en question d’utilité même du couvre-feu mis en place en France, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et dans bien d’autres pays. La mise en place d’un couvre-feu vise à limiter un type bien précis de cluster potentiel : les « soirées festives » comme précisé par le Président français. Ces soirées alcoolisées ou non semblent impliquer une promiscuité physique pouvant représenter un vecteur d’accélération de l’épidémie. Marc Del Grande, préfet de la Guyane où un couvre-feu est en place depuis plusieurs semaines, le confirme : « cela évite des contacts sociaux quelquefois alcoolisés, une possibilité de clusters » et ajoute que « moins nous avons d’accidents de la route plus notre système hospitalier est stable pour gérer le Covid et être capable de faire face à une éventuelle remontée ». Le couvre-feu semble alors n’être qu’une des potentielles réponses à la problématique épidémiologique bien qu’il puisse déclencher une prise de conscience de la population concernant la situation sanitaire actuelle. Les effets de cette mesure inédite ne pourront être visibles qu’après une période de quinze jours minimum.

II. Retour sur l’utilisation des outils numériques dans la gestion de la crise sanitaire en France

Source : Santé publique France / Copyright : Santé publique France / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : COVID-19 : point épidémiologique du 15 octobre 2020


La situation sanitaire continue de se dégrader en France et de nouvelles mesures ont été prises cette semaine pour endiguer la seconde vague épidémique et éviter une saturation des hôpitaux, notamment dans les services de réanimation. Effectif depuis vendredi 16 octobre à minuit, un couvre-feu concerne l’Ile-de-France et huit métropoles françaises. Une attestation sera alors nécessaire pour circuler dans ces territoires entre 21 heures et 6 heures. Emmanuel Macron a également appelé les entreprises à repasser au mode de télétravail dès que cela est possible. De plus, Jean Castex a appelé les administrations à définir dès la semaine prochaine « une organisation du travail intégrant les nécessites du service et permettant, à chaque fois que cela sera possible, deux à trois jours de télétravail par semaine » [4]. Les questions concernant ce mode de travail reste les mêmes que lors de la période de confinement : qu’en est-il des travailleurs n’ayant pas les moyens matériels de travailler à la maison ? qu’en est-il de l’impact psychologique de l’isolement des travailleurs ?

La gestion de crise française reste à étudier en profondeur et il conviendra de se concentrer, dans les semaines à venir, sur le rapport d’étape dirigé par le professeur de médecine Didier Pittet.

À ce jour, la question du couvre-feu et du télétravail permet de mettre en exergue l’étude des outils numériques au cœur de la gestion de crise depuis le mois de mars 2020. Au cœur de la pandémie, il est intéressant de se demander quelle place peut prendre le numérique et les nouvelles technologies dans la crise sanitaire et quelle peut être leur utilité.

Le Comité national pilote d’éthique du numérique s’est concentré dans son troisième bulletin de veille sur les « enjeux d’éthique liés aux outils numériques en télémédecine et télésoin dans le contexte de la COVID-19 ». Ce bulletin démontre « à la fois l’intérêt et la complexité de la combinaison des exigences médicales et numériques en mettant en exergue plusieurs de ces enjeux et en alertant sur des points de vigilance permettant de les respecter ». La période de confinement a bouleversé les pratiques de soins et l’accès à une consultation médicale. Ainsi ont été observées « la chute de l’activité des cabinets médicaux » dès l’annonce du confinement, et « l’augmentation significative de la téléconsultation ».

Pendant la crise, le nombre de téléconsultations a considérablement augmenté : plus de 1 million ont été facturées à l’Assurance maladie début avril alors qu’elle en comptabilisait moins de 10 000 par semaine jusque début mars. À ce jour, l’analyse des outils numériques et des justifications médicales ne permet cependant pas de distinguer les téléconsultations référencées (par vidéo transmission) et celles assimilées à des téléconsultations (par téléphone).

Pendant la crise, la téléconsultation a été facilité par le contexte épidémique et la volonté de limiter les contacts humains. La téléconsultation est alors apparue comme la garantie d’une continuité de l’accès aux soins sans risque. De plus, de nombreux outils numériques ont été rapidement développés pour les patients Covid : Covidom à Paris, MHLINK à Montpellier ou COVIDAPHM à Marseille, site maladieCoronavirus.fr. Ces questionnaires numériques d’auto-évaluation de la maladie ont permis un « télésuivi » des patients. Mais pour les médecins, c’est une nouvelle façon de travailler qui parfois dérange.

« Il me manque les corps ! Dans mon cabinet, beaucoup de choses se disent aussi au-delà des mots. La posture, les yeux, tous les gestes silencieux sont des informations… A travers l’écran, je ne peux pas tendre une boîte de mouchoirs ! » Rachel Trèves, psychologue spécialiste de l’accompagnement des couples en parcours d’AMP.

Le basculement rapide vers la téléconsultation justifie de s’interroger sur son rapport bénéfices-risques. L’attitude de la population s’est effectivement modifiée pendant le confinement et la banalisation de l’usage du numérique semble avoir renforcé la tendance du « consumérisme médical » et des enjeux d’éthiques ont été soulevé. L’utilisation par les soignants des solutions numériques est-elle susceptible d’entraîner des risques pour les patients ? Ces risques peuvent être d’ordre médical mais aussi sécuritaires. Le recours à la téléconsultation a exacerbé les risques d’atteinte à la vie privée ou relatifs à la protection des données.

Le déploiement de la télémédecine et du télésoin en temps de crise et en sortie de crise nécessite donc une « mise à niveau » du personnel soignant mais aussi de la population. Le Comité national pilote d’éthique du numérique appelle à la vigilance sur de nombreux points notamment concernant la formation des soignants et l'information des patients relatives à la téléconsultation, le respect de l'autonomie des patients et le recueil du consentement libre et éclairé, l'équité dans l'accès aux actes de télémédecine, la sécurisation, la confidentialité et l'interopérabilité des données ou encore les principes de solidarité et de mutualisation des risques.

Ainsi, l’augmentation significative de l’usage de la télémédecine durant la crise témoigne comme le télétravail, de l’évolution de notre manière de traiter et d’échanger des informations.

III. Les avancées de le recherche scientifique et médicale

La course au vaccin s’accélère et deux sociétés pharmaceutiques prévoient de demander des autorisations d’urgence pour commercialiser leur vaccin contre le Covid-19 auprès des autorités américaines. En effet, si les essais cliniques en cours sont concluants, Moderna et Pfizer espèrent voir leur vaccin distribué à partir du mois de novembre. Les États-Unis pourraient donc avoir deux vaccins disponibles d’ici la fin de l’année, à peine plus tard que ce qu’aurait espéré Donald Trump.

Dans son dernier point daté du 2 octobre, l’Organisation mondiale de la santé [5] recense 42 candidats vaccins évalués dans des essais cliniques sur l’homme à travers le monde. Dix candidats vaccins en sont au stade le plus avancé (phase 3) et leur efficacité est mesurée à grande échelle, sur des dizaines de milliers de volontaires répartis sur plusieurs continents.

Pour l’instant, seuls des résultats préliminaires ont été publiés. Globalement, ces résultats sont jugés encourageants et démontrent que les vaccins provoquent une bonne réponse immunitaire. Pour autant, il est beaucoup trop tôt pour en tirer des conclusions et il faut, selon l’immunologiste Alain Fischer, « que les essais de phase 3 aillent à leur terme et qu’on ne base pas l’analyse sur des résultats intermédiaires, aussi bien sur les questions de tolérance que d’efficacité ».

En effet, cette compétition planétaire aux importants enjeux financiers semble aller trop vite. Début septembre, l’OMS expliquait ne pas s’attendre à une vaccination généralisée avant le second semestre de 2021. Le professeur Daniel Floret confirme cela en expliquant que « si on y arrive à cette échéance, ce sera déjà un sacré prodige » partant du principe qu’habituellement le développement d’un vaccin peut prendre plusieurs années. De plus, il arrive parfois qu’aucun vaccin ne soit mis au point (VIH).

Ainsi, il est important de continuer les recherches sur de potentiels traitements efficaces contre le Covid. Après sept mois d'études, les résultats de l’essai clinique de l’OMS, Solidarity, sur le Covid-19 réalisé jusqu'à aujourd'hui sont définitifs : ni l’hydroxychloroquine, ni le Remdesivir, ni le Lopinavir, ni l’Interferon ne sont efficaces pour réduire la gravité de la maladie ni sa mortalité [6]. L'étude de l'OMS, réalisée dans 405 hôpitaux en 30 pays du monde entier, a publié ces résultats décourageants dans un pre-print (une version non revue par les pairs) et affirme se concentrer désormais sur de nouveaux traitements candidats notamment des modulateurs du système immunitaire [7] et des anticorps monoclonaux spécifiques [8] contre le coronavirus Sars-CoV-2, responsable du Covid-19.


[1] Santé publique France, « COVID-19 : point épidémiologique du 15 octobre 2020 », (en ligne). Disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/documents/bulletin-national/covid-19-point-epidemiologique-du-15-octobre-2020

[2] Ibid.

[3] Pour aller plus loin : Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, « Conseils par pays/destination : Espagne », mis à jour quotidiennement, (en ligne). Disponible sur : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/espagne/

[4] « Conférence de presse de M. Jean CASTEX, Premier ministre avec M. Bruno LE MAIRE, ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, M. Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur, Mme Elisabeth BORNE, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, et M. Olivier VÉRAN, ministre des Solidarités et de la Santé sur l'application des mesures pour lutter contre la COVID-19 », 15 octobre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2020/10/discours_de_m._jean_castex_premier_ministre_-_conference_de_presse_sur_lapplication_des_mesures_contre_la_covid-19_-_15.10.2020.pdf

[5] WHO.int, « Draft landscape of COVID-19 candidate vaccines », 15 octobre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.who.int/publications/m/item/draft-landscape-of-covid-19-candidate-vaccines

[6] WHO Solidarity trial consortium, « Repurposed antiviral drugs for COVID-19 –interim WHO SOLIDARITY trial results », 15 octobre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.10.15.20209817v1.full.pdf

[7] Qualifie un traitement qui stimule ou freine les réactions du système immunitaire du corps (« modulation »). On parle également d'immunosuppresseur pour les médicaments qui empêchent la réponse immunitaire de l'organisme.

[8] Un anticorps monoclonal est un anticorps synthétisé par un seul clone. Les anticorps monoclonaux sont donc des molécules toutes identiques ayant toutes la même propriété de reconnaissance d'un épitope et d'un seul. Leur production nécessite le recours à la technologie des hybridomes mise au point en 1975 par Georges Kohler et Cesar Milstein.

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