Veille hebdo Covid – La question centrale des campagnes de vaccination

Par Chiara ALEXANDRE

Directeur de publication : Thomas MESZAROS

Responsable pédagogique : Fabien DESPINASSE


L’étude des indicateurs a, cette semaine, démontré une hausse du nombre de cas rapporté en Afrique et Méditerranée orientale. Si le nombre de nouveaux décès était globalement en baisse, la Méditerranée orientale était la seule région à enregistrer une hausse [1].

Source : Santé publique France / Copyright : Santé publique France / Utilisation non commerciale

Lien de l’infographie : COVID-19 : point épidémiologique du 11 mars 2021


I. Situation sanitaire mondiale : assouplissement des mesures et campagnes vaccinales complexes


Plus d’un an après le début de la pandémie, les scientifiques ne peuvent toujours pas en expliquer les origines, alors que le virus a déjà fait plus de deux millions de morts et infecté plus de cent millions de personnes. L’enquête réalisée par une équipe d’experts de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en Chine affirme qu’il n’existe pas encore de preuve démontrant une origine entièrement naturelle du virus et que de nombreuses hypothèses restent à être étudiées [2]. De plus, l’efficacité de cette enquête est encore aujourd’hui remise en question puisque les équipes se fondent sur les informations communiquées par les autorités chinoises.


Aujourd’hui, la plupart des pays semblent s’être lancés dans des campagnes de vaccination de masse, mais un certain nombre d’entre eux tardent à vacciner massivement. C’est notamment le cas des pays du continent asiatique qui ne semblent pas adopter la stratégie de l’immunité collective. Fin février, moins de 20 000 japonais avaient reçu leur première injection. La Chine et la Corée du Sud affichent respectivement un taux de vaccination de 36 et 4 doses pour 1 000 habitants, contre 80 pour la France par exemple. Cela semble s’expliquer par le fait que ces pays ont pris des mesures drastiques d’endiguement du virus dès le début 2020 et connaissent aujourd’hui des taux de contamination parmi les plus bas du monde. Toutefois, cette stratégie pourrait freiner la réouverture de leurs frontières et le retour à une « vie normale » dans cette zone du monde.

Parallèlement, aux États-Unis, Joe Biden promet des vaccins pour tous les adultes américains d’ici à fin mai 2021, soit deux mois avant son objectif initial. Les accords avec les société pharmaceutiques Johnson & Johnson et Merck expliquent cette nouvelle échéance et offrent une « lueur d’espoir » au pays le plus touché du monde. Le Président américain a averti la population que « le combat est loin d’être terminé » et que « les signes positifs s’accompagnent de réserves ». Cependant, la fatigue pandémique se fait ressentir et des décisions « imprudentes » sont prises à travers le pays. Début mars 2021, Greg Abbott, le gouverneur du Texas, a annoncé la « réouverture du Texas à 100% », le port du masque n’est plus obligatoire et tous les commerces peuvent rouvrir leurs portes.


L’Italie, confrontée à une « nouvelle vague de contagions » reconfinera la majeure partie de son territoire à partir du 15 mars. Ces nouvelles mesures, prévues jusqu’au 6 avril, entraînent dans les régions en « zone rouge » la fermeture des écoles collèges, lycées et universités ainsi que des bars et des restaurants. Les déplacements de la population seront ainsi limités aux impératifs de travail, à l’achat de produits de première nécessité et aux urgences sanitaires.

En Europe, les manifestations contre la prolongation des mesures de restrictions se multiplient. En Allemagne, le gouvernement se heurte à la fatigue de la population et notamment des secteurs les plus touchés par la crise : la restauration, le tourisme et le commerce. Les protestations contre l’inefficacité de la campagne de vaccination mettent une forte pression sur le gouvernement et le monde politique à quelques jours des élections régionales. En Autriche et en Suède, des manifestations se sont également tenues pour protester contre les restrictions destinées à endiguer l’épidémie.

De plus, les tensions liées au fait que l’Union européenne ne dispose pas d’une quantité suffisante de doses de vaccins poussent à un « nationalisme vaccinal » vivement critiqué. La semaine dernière, l’Italie a notifié à Bruxelles la décision de bloquer l’export, hors de l’Union, d’un vaccin produit à l’intérieur des frontières communautaires et la Commission européenne ne s’y est pas opposé. Cette décision est liée à l’annonce par AstraZeneca en janvier 2021 de réduction des fournitures de vaccins à l’Europe. De plus, le 13 mars, le groupe AstraZeneca a annoncé de nouveaux retards de livraison, invoquant des restrictions d’exportations. Le groupe annonce ne pouvoir livrer que 100 millions de doses durant les six mois achevés en juin, dont 70 millions seulement sur les 180 millions initialement prévus au deuxième trimestre.

Cependant, la décision italienne met à mal la volonté d’arriver à une immunité collective mondiale grâce à la vaccination. Gavin Yamey, directeur du Center for Policy Impact in Global Health à l'Université Duke explique ainsi qu’ « une épidémie de Covid-19 n’importe où pourrait devenir une épidémie partout », ainsi si la pandémie n’est pas combattue dans chaque pays, elle pourrait resurgir dans un pays en cours de vaccination. Il estime ainsi que « si le monde riche continue de stocker des vaccins, la pandémie pourrait se prolonger jusqu'à sept ans de plus ».


II. Situation en France : entre restrictions et acceptabilité


En France, la pression hospitalière causée par l’épidémie reste forte et le gouvernement a pris de nouvelles mesures restrictives couplées à une intensification de la campagne de vaccination.

Le 4 mars 2021, le gouvernement a annoncé de nouvelles restrictions dans 23 départements « sous surveillance renforcée ». Le 11 mars 2020, le ministre de la santé a estimé que les régions les Hauts-de-France, l’Ile-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur concentraient les inquiétudes. En Ile-de-France, le transfert de patients atteints du Covid-19 vers d’autres régions a débuté le 13 mars afin de désengorger les services de réanimation. Frédéric Adnet, directeur du SAMU de Seine-Saint-Denis a également annoncé qu’une évacuation plus massive de patients par TGV n’aurait lieu qu’en « milieu de semaine prochaine », car il y a « une énorme logistique à mettre en place ».

Le 6 mars 2021, de nombreux centres de vaccination sont restés ouverts afin d’accélérer la lutte contre le Covid. Santé publique France a annoncé le même jour que près de 3,6 millions de français avaient reçu leur première injection. L’objectif affiché par le Premier ministre est de fournir une première injection à au moins 10 millions de personnes d’ici au 15 avril. Cela signifie donc que 44 % de la population la plus à risque aura été partiellement immunisée à cette date et cela représentera autant d’hospitalisations potentielles en moins.

Un an après la prise des premières mesures le gouvernement appelle donc à la « mobilisation générale » pour continuer à respecter les gestes barrières et le couvre-feu à 18 heures. La circulation du virus continue de progresser sur le territoire mais à une « vitesse moindre ». Le gouvernement n’envisage pas à ce jour de confinement à l’échelle nationale ou encore la généralisation du confinement le weekend car il s’agit d’une « mesure lourde » qui ne peut être prise « dans le doute, de manière préventive ou par anticipation ».

Dès le 13 mars, les résidents d’Ehpad seront autorisés à sortir de leur établissement et les visites en chambre vont être autorisées. Les résidents protégés par une vaccination complète c’est-à-dire ceux ayant reçu deux injections pourront se rendre chez leurs proches, sans se faire tester avant, après et s’isoler sept jours dans leurs chambres. La ministre chargée de l’autonomie, Brigitte Bourguignon affirme que « aujourd’hui, 87 % ont reçu une première dose, 62 % les deux ». Les personnes non vaccinées seront elles aussi autorisées à sortir mais devront respecter un isolement de sept jours à leur retour dans l’établissement. Chaque direction d’établissement devra mettre en place les mesures d’assouplissement présentées dans le nouveau protocole sanitaire, selon la situation épidémique locale et l’avancement de la campagne vaccinale, en lien avec l’agence régionale de santé (ARS) [3].

Face à la crise, le gouvernement opte pour la transparence et l’open data. Dès le 8 mars 2021, le ministère de la santé devrait publier l’ensemble des statistiques sur les variants. La diffusion de ces informations vise à amoindrir la défiance des citoyens tout en s’appuyant sur l’expertise de tous.


« Ce que cette crise sanitaire a aussi montré, c’est qu’il y a tout un écosystème d’acteurs de la société civile qui réutilisent ces données, les exploitent, les rendent plus visibles. Et l’action publique bénéficie de ce travail qui dépasse les stricts murs du ministère de la santé. » Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques.


L’enjeu de l’exécutif est donc de gérer une crise de longue durée tout en jugeant de « l’acceptabilité de la population locale ».