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Veille hebdo Covid - Déconfinements et 'système-monde'

Mis à jour : 24 juin 2020

Par Chiara ALEXANDRE, Adrien BLANCHARD & Antoine CRÉTIEN

Directeur de publication : Thomas MESZAROS

Responsable pédagogique : Jean-Luc LAUTIER



1. La reconfiguration du « système monde »


1.1. Les « centres » en proie à la confrontation

Tandis que les tensions continuent de croître entre les États-Unis et la République populaire de Chine (RPC), deux « centres » du système-monde économique, c’est au tour de l’Union Européenne de rappeler que ses États doivent construire une réponse globale et coordonnée face à une Chine qualifiée de « rival systémique » et de « compétiteur économique en quête de la suprématie technologique » (Tribune de Josep Borrell, HRUE-VP, le 15 Mai 2020). Le Haut Représentant de l’Union en appelle ainsi à la «discipline collective» pour faire face aux ambitions de la Chine qui sait « jouer des différence» entre les États membres de l’UE, rappelant que « l’unité est une précondition à l’influence ». Dénonçant la « politisation de l’aide médicale d’urgence » telle que l’a fait la RPC, le Haut Représentant a insisté sur la nécessité de « réduire et de diversifier les chaînes d’approvisionnement » de l’UE afin de réduire sa dépendance extérieure.


Cet appel fait ainsi écho à d’autres du même type, appelant à contourner la Chine et à rapatrier les activités essentielles et stratégiques dans leurs économies d’origine, ainsi au Japon et dans d’autres pays du Sud-Est asiatique. Le journal Les Échos titrait cette semaine qu’en Asie, de plus en plus de gouvernements sont tentés par la distanciation économique avec la Chine, reprenant des analyses du Cabinet Kerney qui explique que «les entreprises vont être de plus en plus enclines à diffuser leurs risques au lieu de mettre leurs œufs dans le panier le moins coûteux, comme elles le faisaient depuis si longtemps en Chine». Nous avions ici déjà évoqué la situation du Japon, qui a proposé une enveloppe de 2,2 milliards d’euros pour la relocalisation de certaines activités japonaises aujourd’hui situées en Chine. L’article des Échos rapporte aussi que « les autorités de New Delhi encouragent leurs missions économiques à approcher les groupes américains implantés en Chine pour leur proposer de se relocaliser, dans des conditions très avantageuses, en Inde » ; en Corée, les relocalisations depuis la Chine se réfléchissent aussi car « la crise du coronavirus a mis en lumière une forme de fragilité de la Chine et les risques liés à sa gouvernance opaque ».


1.2. Des « périphéries » fragilisées

Les carences des Etats sont mises en exergue en temps de crise. Dans les périphéries, la surpopulation et les difficultés d’accès aux services « basiques » (eau courante et potable, systèmes d’égouts…) semblent rendre impossible le suivi des recommandations sanitaires et amplifier la propagation du virus. De plus, l’impact économique de la crise du Covid-19 dans ces régions pourrait être considérable.


Dès le début de la pandémie, l’OMS et l’UA envisageaient le pire pour le continent africain. Or des mesures préventives fortes et efficaces ont été prises avant l’arrivée du virus sur le continent :

  • Les processus déjà en place pour l’épidémie Ebola ont rapidement été adaptés à la situation et le personnel médical présent était formé à la gestion de crise sanitaire,

  • En février, le nombre de laboratoires pouvant effectuer des test Covid est passé de 2 à 26,

  • Plusieurs pays ont étendu leurs capacités d'accueil de malades, par exemple, le Stade Balogun de Lagos (Nigéria) a été converti en centre d’isolation des malades,

  • Contrôles renforcés dans les aéroports internationaux, mise en place de campagnes de dépistages, obligation du port du masque...

De plus, le continent semble avoir bénéficié de sa moindre connexion au reste du monde: si les faibles échanges internationaux et la faible intégration de l’Afrique dans les flux mondiaux est, en temps normal, une faiblesse structurelle, cela semble aujourd’hui être un atout : l’importation des cas de Covid-19 est en effet très limitée du fait de cette situation. Toutefois, si les mesures visant à freiner la propagation du Covid-19 sont positives, elles se confrontent à des réalités sociales et politiques difficiles. Le Sahel par exemple, doit faire face à des difficultés économiques, sécuritaires et alimentaires accentuées par les mesures destinées à contenir la propagation du virus. La Mauritanie, le Niger et le Tchad semblent déjà frappés par la baisse du cours du pétrole. La majorité des États sahéliens sont des pays enclavés et sont donc tributaires d’autres pays pour l’acheminement de leurs exportations et de leurs importations. Ils subissent ainsi les mesures restrictives de circulations et les fermetures de frontières.


Tandis qu’une partie du monde déconfine en masse, l’Amérique latine enregistre encore aujourd’hui une progression inexorable de la pandémie. Un rapport de la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Cepal) et de l'OIT dresse un tableau très sombre des conséquences prévisibles de la crise sanitaire en termes d’économie et d’emploi. La pandémie va créer 11,5 millions de chômeurs de plus en 2020 et la contraction de l’économie de la région sera de 5,3%, soit la pire situation connue depuis 1930. A Buenos Aires, en Argentine, qui vient de faire, pour la neuvième fois de son histoire, défaut sur sa dette, les bidonvilles, dans lesquels vivent plus d’un Argentin sur 10, concentrent plus d’un tiers des contagions. Avec environ 8 000 personnes infectées et 382 morts, l’Argentine s’avère parvenir à éviter la catastrophe sanitaire nationale. Cependant, la propagation du virus dans les bidonvilles souligne les problématiques politiques et sociétales du pays, telles que la surpopulation d’habitats insalubres et exigus rendant la distanciation sociale impossible. De plus, l’écrasante majorité des habitants évolue dans une économie informelle avec des missions journalières précaires, leur mise en quarantaine est ainsi vite apparue impossible comme le souligne le journal Les Echos.


Le Brésil est le pays le plus touché du continent (57% des décès déplorés). Au sein des établissements de santé, la situation décrite par certains correspondants est désastreuse: manque d’équipements de protection individuel (équipements normalement jetables réutilisés), personnel de santé mal protégé voire infecté. « Au moins 116 infirmiers et 74 médecins sont décédés » ainsi que le rapporte Médiapart.


« Jair Bolsonaro ne s’adresse pas à la nation mais à son électorat radical, comme s’il était en campagne permanente »

Cleyton Mote, Université fédérale du Ceará


De plus, au Brésil, comme l’explique Le Parisien avec l’AFP à ces mêmes problématiques s’ajoutent des questions d’ordre politique puisque le Président Bolsonaro ne cesse de mettre en cause voire de s’opposer aux mesures restrictives, à la distanciation sociale et au confinement imposés par les gouverneurs de certains États, ne procurant pas à sa population des recommandations sanitaires fiables. Son attitude met à mal les message de prévention et d’isolement délivré par les gouverneurs. Ces derniers se retrouvent forcés de prendre, seuls, des mesures impopulaires. Le Président brésilien a de nouveau appelé le 21 mai 2020 à une reprise de l’activité au nom du « sauvetage d’une économie promise à une grave récession » souhaitant ainsi se dédouaner de toute responsabilité dans la crise économique massive qui s’annonce.

1.3. Quelles perspectives pour les groupes internationaux dans un monde archipélagique ?

Nous l'avons ici plusieurs fois mis en évidence: la crise du Covid-19 a grandement impacté les fondements de la la mondialisation libérale et occidentale (restriction des flux de personnes et de biens, hausse des tensions géopolitiques, replis souverainistes...). Dans ce contexte, il est intéressant de questionner le rôle des groupes internationaux, souvent décriés comme les chantres d'une mondialisation financière et ultracapitaliste centrée sur les intérêts privés et non sur le bien commun. Alors que s'engagent de nombreuses réflexions sur un nouveau modèle, sur un nouveau monde et de nouvelles règles globales quelle pourrait bien être la place accordée à ces grands groupes mondiaux, souvent privés, et tirant un large profit du monde dérégulé et défrontiérisé.

On observera d'abord, et sans grande difficulté, un comportement prédateur voire carnivore de ces grands groupes qui profiteront de la faillites de nombres de petites entreprises et industries pour renforcer leurs positions dominantes et tendre vers des oligopoles intéressés. Le New York Times évoque ainsi cette possibilité : les très grands groupes sortiront de la crise plus forts que jamais, jusqu'à établir des quasi-monopoles au profit de la fragilité des plus petites sociétés concurrentes. Cette situation entre en contradiction avec ce que l'on pouvait espérer des premiers appels à changer de monde pour plus de solidarités et de protection des biens communs. Or les lois du marché l'enseignent : le secteur privé sert des intérêts privés, et non le bien commun qui n'apparait souvent que secondaire face à la quête du profit et de la rentabilité financière. Cette nouvelle situation pourrait également télescoper les espoirs de retour d'un État stratège fort et planificateur, souhaité par de nombreuses gauches européennes mais également par les droites souverainistes et par les écologistes. Car il ne fait aucun doute que les plus grands groupes mondiaux s'opposeront bien volontiers aux nationalisations, aux planifications et aux directives étatiques qui ne répondent pas d'une logique libérale.


Toutefois, l'on sait aussi, notamment grâce aux études transnationalistes qui l'ont mis en évidence, que d'autres logiques existent que seules la quête du profit et de la rentabilité pour les acteurs économiques mondialisés. Ceux-ci ont en effet désormais une image et une éthique à défendre face à une société civile mondiale de plus en plus alerte, engagée, informée et mobilisée via les réseaux sociaux. On observe ainsi que cette crise a été l'objet d'une communication intensive de la part des grands groupes internationaux pour valoriser leur image et leur engagement dans le sens de la protection du bien commun. D'autant que cette crise inédite touche aussi directement aux responsabilités sociales et environnementales des entreprises qui doivent garantir la santé et la protection de leurs salariés. On notera notamment dans cette idée, pour la France :

  • La fabrication et le don de gel hydroalcoolique ou de matériel médical par LVMH, Bouygues, Michelin et PSA.

  • Les dons financiers aux AP-HP de la fondation Hermès (20 millions) ou de Chanel (1,2 millions).

  • L'engagement du groupe L'Oréal en faveur de l'urgence climatique et de la sécurisation des femmes par l'allocation de 150 millions d'euros (voir par exemple, l'article du journal Le Monde sur cette action).

Reste enfin la question des fortunes personnelles. Nous avions déjà évoqué dans cette veille les dons personnelles de grandes fortunes mondiales en faveur de la lutte contre l'épidémie et du soutien à la recherche ; mais l'on sait aussi désormais que certaines grandes fortunes profiteront largement de la crise. Comme le révèle BFM Business, « les 600 ultra riches américains ont ainsi vu leur fortune augmenter de 434 milliards de dollars en un mois ». En d'autres temps, l'on parlait à cet effet de profiteurs de guerre. Qu'en sera-t-il demain ? 


2. Les sociétés mondiales à l’épreuve des (dé)confinements


2.1. Le déconfinement en Europe : risques sanitaires et sociaux

2.1.1. En Allemagne

En Allemagne, le nombre de nouveaux cas par jour se compte toujours en centaines et, malgré tout, le déconfinement est assez rapide. Contrairement à la France, la réouverture des bars, cafés et restaurants a eu lieu ; le championnat de football a repris à huis clos (il est d’ailleurs le seul des grands championnats à avoir repris) ; les parcs d’attraction et les commerces de moins de 800m² ont également rouverts. Les mesures de déconfinement varient cependant selon les Länder, chacun étant autonome sur certains points comme la réouverture des lieux culturels. Les frontières restent toujours fermées, sauf pour les travailleurs. L’inquiétude grandit autour de l’arrivée d’une deuxième vague, certaines voix s’étant déjà inquiétées d’un déconfinement trop rapide alors que le pays n’était peut-être pas prêt.


Conséquence intéressante de cette crise dans l’opinion : les Allemands voient désormais la globalisation comme un risque, même si le pays est un champion de l’export et un grand gagnant de la troisième mondialisation. Ces chiffres proviennent d’un sondage du Spiegel du 20 mai 2020, 57,7% des Allemands la voient comme un risque plutôt qu’une chance, ce taux monte à 79% chez les partisans ou soutiens de l’AfD, mouvement d’extrême-droite, et à 49% chez les soutiens de la CDU-CSU (centre-droit), coalition d’Angela Merkel au pouvoir.


Infographie 1 réalisée par le Spiegel.

Traduction : La mondialisation est plutôt … (en pourcentages).

En bleu, une chance, en orange, un risque. Surbrillance orange : crise du Coronavirus.Source.


Infographie 2 réalisée par le Spiegel.

Traduction : La mondialisation est plutôt … (en fonction des intentions de vote aux élections fédérales, en pourcentages).

En bleu, une chance, en orange, un risque, en gris ne savent pas.

Partis représentés : CDU-CSU (centre-droit, majoritaire); SPD (parti socialiste); Grüne (parti écologiste); FDP (parti libéral-démocrate); die Linke (socialisme démocratique); AfD (parti nationaliste). Source.


Le recul de la production industrielle, la chute des exportations, la hausse du chômage et l’exacerbation des inégalités économiques et sociales dans ce temps de crise donnent aux opinions publiques européennes des arguments de plus pour rejeter la mondialisation telle qu’elle s’est déroulée sur ces dernières décennies. On observe qu’en Allemagne, cette défiance, largement portée par les extrêmes, est devenue largement majoritaire dans ce dernier sondage d’opinion du Spiegel. Un fait d’autant plus surprenant que l’économie allemande est l’une des grandes bénéficiaires de cette mondialisation, son modèle productif tout entier reposant sur un tissu industriel tourné vers l’export de biens manufacturés. Les répercussions économiques et sociales très lourdes ce cette crise inédite pourraient donc ouvrir la voie à un changement de modèle en Allemagne même, première puissance économique européenne. C’est ce que nous avions précédemment ici déjà mis en avant lorsque des intellectuels et universitaires allemands se mobilisaient en faveur d’un changement de posture politique de leur gouvernement au niveau européen pour plus de solidarité et de mutualisation de la dette (Cf. Veille de la semaine 19).


Toutefois, il n’est pas bon signe pour l’ensemble de l’Union et du monde que cette volonté de changement soit, en Allemagne, principalement portée par l’extrême droite, favorable à un repli nationaliste et hostile à la globalisation. Ce parti, qui gagne du terrain, pourrait facilement profiter de la sortie de crise si celle-ci n’est pas convenablement gérée par la coalition au pouvoir. Car le contexte social est également tendu, la société est fracturée par certaines crises qui ont profondément divisée le corps social allemand : crises des dettes souveraines, crise des réfugiés, attentats… D’autant que le pays fait face à des problématiques structurelles qui engagent son avenir politique et économique : concurrence industrielle de la Chine, précarisation de l’emploi, fertilité en baisse... La crise du Covid-19 et ses implications pourraient donc devenir un terreau fertile pour une extrême droite qui s’est déjà imposée comme la troisième force politique du pays (derrière la CDU et le SPD). De là à imaginer que l’Allemagne change radicalement de modèle économique et de politique étrangère, il n’y a qu’un pas, mais à quel prix et selon quelles modalités ?

Angela Merkel est très certainement au fait de l’enjeu qui pèse sur sa gestion de la crise et de l’image que son dernier mandat, laissera à la postérité. A ce sujet, sur le plan sanitaire, l’Allemagne a rapidement atteint un R0 assez faible (0,7 dès la mi-avril) notamment grâce à une campagne de dépistage massif. Mais, désormais, « chaque malade contamine en moyenne plus d'une autre personne. Cela veut dire que l'épidémie progresse à nouveau ». Le taux de reproduction du virus (R0), qui renseigne sur le nombre de personnes qu’un individu risque de contaminer, est repassé depuis le 9 mai au-dessus de 1 pendant trois jours consécutifs. Cela n’était pas arrivé depuis mi-avril. Or, c’est justement parce qu’il s’était stabilisé durablement sous ce seuil considéré comme déterminant que Mme Merkel a consenti, le 6 mai, sous la pression des Länder, à accélérer le rythme du déconfinement… En Bavière, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Thuringe et dans le Schleswig-Holstein, quatre cantons ont enregistré plus de 50 nouveaux cas pour 100 000 habitants en l’espace d’une semaine, seuil à partir duquel les autorités ont décidé qu’un retour du confinement au niveau local s’imposait.

2.1.2. France

En France, malgré la découverte de 25 nouveaux clusters, le déconfinement progressif commencé le 11 mai est vivement critiqué, car parfois considéré comme trop rapide.[2] De nombreuses activités non essentielles et risquées ont pu reprendre, avec la réouverture des médiathèques, des centres commerciaux, ou encore la reprise de l’école dans des conditions difficiles pour les enfants en bas âge. Les parcs et lieux publics en extérieur ont pu rouvrir dans les départements classés verts, tout comme les lieux religieux. Pour autant, les frontières restent toujours fermées aux non-nationaux et aux touristes, et la réouverture des bars et restaurants n’est pas envisagée avant le 2 Juin. Les déplacements à plus de 100km sans attestation restent interdits, même s’ils sont difficiles à contrôler. Il est également obligatoire de se munir d’une attestation pour emprunter les transports publics en heure de pointe dans les départements rouges, transports dans lesquels le port du masque est d’ailleurs obligatoire tandis que les rassemblements de plus de 10 personnes restent interdits.


Sur le plan économique, la situation reste très fragile et la France est entrée en mauvaise condition dans la crise, comme nous l’avons déjà ici plusieurs fois mis en évidence. Récemment, Bruno le Maire, a déclaré que laisser la France se désindustrialiser avait été une «faute majeure»; une prise de position qui fait écho à ce que de nombreuses voix politiques et sociales appellent de leurs voeux : un retour à l’État stratège, voire à la planification (écologique et sociale notamment pour les forces de gauche, économique et productive pour les forces de droite). Le tissu industriel français est toutefois dans une position critique. Les grandes difficultés de Renault mais aussi l’échec cuisant de l’Airbus A380, dont la fin de production avait été fixée à 2021, sont autant d’illustrations de ces problématiques. L’État aura fort à faire pour sauver ces deux secteurs stratégiques et les emplois qui leurs sont attachés (rechercher ici du coup pour les deux secteurs, pas seulement pour aérien) les emplois liés aux deux secteurs dans le pays (plus de 300000 pour l’aéronautique, 400000 pour l’automobile). Toutefois, une tension semble se dessiner entre le gouvernement et Renault, le premier conditionnant ses aides (prêt de 5 milliards) au maintien des sites de production en France, alors même que le constructeur comptait visiblement en annoncer la fermeture partielle fin mai. Cette fermeture faisant partie d’un plan d’économies de 2 milliards d’euros, et menaçait 3 sites de production en France. Après l’intransigeance du Premier ministre (20 mai), son ministre de l’économie l’a contredit le 25 mai en annonçant que ces fermetures restaient possibles. L’objectif principal de Bruno le Maire était plutôt la participation de Renault à une alliance de production des batteries électriques, à laquelle PSA et Total participaient déjà et que Renault refusait, et qui a conditionné l’aide de 5 milliards.


La crise sanitaire et toutes les difficultés logistiques et industrielles qu’elle a causé ont révélé l’importance soudainement vitale d’une industrie performante et disponible au niveau national. La France, dont le nombre d’emplois dans l’industrie a reculé de 30% en 30 ans, s’est retrouvée, comme d’autres pays désindustrialisés, à s’en remettre aux marchés mondiaux pour se fournir en masques, respirateurs, matériels médicaux. La pénurie criante de matériel a coûté au gouvernement dans l’opinion, même s’il est certain que les responsabilités sont partagées avec les gouvernements précédents. Symboliquement, si nous pouvons remercier l’industrie du luxe pour son aide et sa réactivité, si les entreprises nationales et les gouvernements antérieurs avaient porté attention à leur responsabilité sociale et économique, au lieu de fermer ou laisser fermer les sites du secteur secondaire un à un, la gestion de la crise aurait pu être bien plus efficace. La souveraineté industrielle et technologique nationale, ou au moins européenne, apparaît comme une véritable nécessité dans le «monde d’après».


Focus sur l’emploi dans l’industrie française, IFRAP



Enfin, l’hôpital de campagne qui avait été déployé à Mulhouse et inauguré par le président de la République est en train d’être démonté. A la place, 10 lits de réanimation sont en déploiement à Mayotte, archipel très pauvre (82% de la population est sous le seuil de pauvreté) et avec une offre sanitaire très faible.