Veille hebdo Covid - Évolution de l’épidémie et des mesures sanitaires en France et dans le Monde

Par Chiara ALEXANDRE

Directeur de publication : Thomas MESZAROS

Responsables pédagogiques : Jean-Luc LAUTIER & Antoine CRÉTIEN

I. Une vision globale de la situation sanitaire erronée ?



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Au 10 septembre 2020 dans le monde, 27,86 millions de personnes ont été testées positives au Covid-19 et plus de 900 000 personnes sont décédées. Il convient de souligner que ces chiffres à l’échelle globale peuvent être faussés par les différences de stratégie de dépistage des pays, voire par des sous-estimations volontaires de l’ampleur de l’épidémie. Les politiques et les moyens alloués au décompte des morts liées au Covid-19 diffèrent selon les Etats mais une certaine pression médiatique et sociétale force les États à revoir leurs décomptes et réadapter le taux de mortalité sur le territoire de manière régulière.

Ainsi, dans un certain nombre de pays, la comparaison des taux de mortalité d’une année sur l’autre laisse planer un doute sur la véracité des chiffres officiels fournis par les autorités. Des réajustements des chiffres ont effectivement été fait au cœur de la crise. La France et le Royaume-Uni ont par exemple rendu public les décès survenus dans les maisons de retraite et à domicile sous la pression des populations. Le nombre de morts à domicile liés à cette épidémie est difficile à calculer et le bilan total semble difficilement connu des autorités puisque peu de pays ont recours aux tests post mortem. De plus, en France par exemple, le processus de suivi des certificats de décès [1] semble connaitre des lacunes. En effet, le circuit administratif du certificat de décès peut être réalisé par transmission papier (les démarches peuvent prendre plusieurs mois) ou par transmission électronique (les démarches sont ainsi réalisées de manière quasi immédiate). Toutefois, le recours au certificat de décès électronique est encore trop peu utilisé. De nombreuses questions subsistent alors lorsqu’on étudie les courbes de mortalité de différents pays sur plusieurs années.

Une étude du New York Times intitulée « 207,000 Missing Deaths: Tracking the True Toll of the Coronavirus OutBreak » met en exergue qu’au moins 207 000 personnes dans le monde ne figureraient pas dans les rapports officiels mais seraient décédées durant la pandémie. Le journal inclut dans son décompte les personnes indirectement victime de la pandémie comme les personnes n’ayant pas pu avoir accès à divers soins dans les hôpitaux.

En temps de crise sanitaire, les disparités entre les chiffres annoncés et les chiffres réels ne dépendent pas systématiquement d’une volonté des autorités de sous-estimer la situation mais peuvent être les résultantes d’un manque de données ou d’une procédure inadaptée à la crise. En temps de crise les autorités détenant le pouvoir décisionnel peuvent faire face à différents problèmes pouvant aggraver la crise : le circuit d’information-communication-décision-actions peut être défaillant ou inefficace, il peut y avoir une saturation ou une perte de l’information bloquant ainsi le processus de décisions. En Inde par exemple, des experts [2] questionnent le manque de clarté des politiques de tests des services hospitaliers bien que le faible taux de mortalité initial du pays ait pu être un temps justifié par l’âge moyen de la population par exemple (30 ans). De plus, en Inde, 80 % des personnes décèdent à leur domicile, le décompte des morts du Covid-19 dans les hôpitaux ne suffit donc pas pour avoir une vision globale de la situation sanitaire.

Cependant il convient de préciser que pour une série de pays, c’est bien la sincérité de leurs dirigeants qui est en cause. Critiquée pour sa gestion de la crise, la Chine a par exemple revu à la hausse de près de 40 % le bilan des morts à Wuhan au mois d’avril. Une hausse que les autorités ont attribué à une meilleure remontée d’informations des établissements médicaux et une augmentation du recours au test bien qu’à l’échelle mondiale ces chiffres restent particulièrement bas. En Russie aussi, les chiffres annoncés restent surprenants en comparaison de la situation mondiale. En mars, les deux premiers morts du Covid avaient été retirés des registres au motif que les malades souffraient également d’autres pathologies. Or, dès janvier, Moscou a enregistré une augmentation fulgurante du nombre de pneumonies et des témoignages évoquent des personnes testées positives mais dont l’acte de décès ne fait pas apparaître la maladie.

II. Entre dégradation manifeste de la situation et remise en cause des masques : les nouvelles directives de crise du gouvernement français


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Jeudi 10 septembre, les autorités sanitaires françaises ont fait état de 10 000 nouveaux cas en 24 heures et d’un peu moins de 50 000 nouveaux cas lors des 7 derniers jours. Ce chiffre sans précédent depuis le mois de mars est à nuancer par l’évolution de la politique de test. Il est d’autant plus important de souligner que selon Santé publique France [3], le taux de positivité des tests reste stable à 5,2%. Le nombre de personnes positives augmente donc proportionnellement au nombre de test réalisés mais l’augmentation des nouvelles hospitalisations reste inquiétante.

Toutefois, le conseil scientifique, dans un avis du 3 septembre faisait un « constat d’échec » de la stratégie des quatorzaines et remettait en cause les directives françaises[4]. Le Conseil estimait que la période d’isolement destinée à lutter contre l’épidémie s’avère peu respectée et « fragilise notre capacité à maîtriser les chaînes de contamination ». Il préconisait ainsi de l’écourter à sept jours, contre quatorze actuellement. Cette recommandation s’appuie sur des données scientifiques montrant que la contagion d’une personne testée positive dure une dizaine de jours seulement : quatre jours avant l’apparition des symptômes et six jours après. Le Conseil de défense du 11 septembre a été suivi d’une déclaration officielle du Premier ministre affirmant que les directives sanitaires suivraient désormais cette recommandation. Ainsi, Jean Castex a réaffirmé, lors d’un discours très attendu, la volonté du gouvernement d’appliquer des « mesures adaptées et graduées » visant à éviter un reconfinement général. Toutefois de nombreuses questions restent en suspens et la communication gouvernementale mériterai d’être éclaircie. Boris Loquet, président de l'Union Régionale des Professionnels de Santé Biologistes en PACA a par exemple déclaré « on aurait aimé peut-être un peu plus d'annonces, un peu plus fermes ». L’annonce de mesures plus contraignantes aurait pu permettre au gouvernement de se positionner quant au débat sociétal vacillant entre durcissement nécessaire avant l’arrivée des maladies saisonnières et le respect de la liberté individuelle.

« Le virus est là pour quelques mois encore et nous devons réussir à vivre avec lui sans nous laisser entraîner à nouveau dans une logique de confinement généralisé. La solution la plus simple et la moins contraignante, on la connaît, c'est appliquer scrupuleusement les gestes barrières, les règles de distanciation physique, nous laver régulièrement les mains. Nous devons porter le masque ». Jean Castex, Premier ministre français, 11 septembre 2020.

La politique du port du masque a vivement été remise en question ces derniers jours. Par ordonnances du 2 et du 4 septembre 2020, les juges des référés des tribunaux administratifs de Strasbourg et Lyon ont enjoint les préfets du Bas-Rhin et du Rhône de corriger leurs arrêtés portant obligation de port du masque. Olivier Véran a alors interjeté appel de ces deux ordonnances devant le juge des référés du Conseil d'État.

Par deux ordonnances n°443750 [5] et 443751 [6] du 6 septembre 2020, le Conseil d'État est ainsi revenu sur ces arrêtés et a réformé partiellement les ordonnances des juges des référés des tribunaux administratifs de Strasbourg et Lyon s'agissant de la méthode de définition des conditions d'application de port du masque. Le juge des référés du Conseil d'État a ainsi confirmé le raisonnement de première instance en affirmant que l'obligation de port du masque est justifiée sur le plan sanitaire mais susceptible de porter atteinte à une liberté fondamentale et que cette obligation doit être proportionnée à l'objectif de santé publique recherché. Toutefois, son interprétation des ordonnances diffère sur un point. Les juges des référés des tribunaux administratifs de Strasbourg et Lyon imposaient de préciser les conditions d'application de l’obligation dans l'espace (lieux concernés) et dans le temps (aux horaires caractérisés par une forte densité de population) tandis que le Conseil d'État impose aux préfets de préciser l'application dans l'espace par la définition de zones mais pas dans le temps. Ainsi, le préfet n'est pas tenu de préciser des périodes horaires pendant lesquelles le port du masque est obligatoire. Le Conseil d’État ne remet pas en question l’obligation en elle-même mais impose qu’elle soit délimitée à des « lieux caractérisés par une forte densité de personnes ou une difficulté à assurer le respect de la distance physique ». Il précise cependant que lorsque existe « plusieurs zones à fort risque de contamination », « le port du masque peut ainsi être imposé sur l’ensemble d’une commune densément peuplée comme Lyon ou Villeurbanne, mais doit être limité au centre-ville dans les communes moins denses ».

La solution retenue par le Conseil d'État semble dictée par le souci de permettre aux autorités d'édicter des mesures sanitaires « simples et lisibles » et ne souhaite pas contraindre les préfets à détailler rue par rue et heure par heure les conditions de l'obligation de port du masque. Afin que l’obligation soit facile à appliquer pour les citoyens, le port du masque peut être imposé dans un périmètre cohérent englobant les zones dans lesquels le risque de contamination est le plus fort. Cela semble nécessaire pour une bonne connaissance et une correcte application de l’obligation par les citoyens.

Cependant, malgré les décisions juridiques tranchées ces derniers jours, des questions persistent et la communauté scientifique française n’affiche pas un plan d’action unanime. La multiplication des prises de positions des médecins pose la question du rapport entre conseiller scientifique et décideur politique. Par exemple le débat concernant le port du masque ne faiblit pas et certains médecins généralistes aux positions radicales risquent de faire l’objet d’une procédure disciplinaire. De plus, de nombreux virologues éminents s’affrontent sur une potentielle mutation du Covid-19. Le Professeur Raoult, entendu devant le Sénat, revient sur les déclarations d’autres scientifiques et affirme qu’il n’y a « pas de raison d’être affolé » de la situation sanitaire décrédibilisant ainsi les dernières mesures politiques et juridiques prises sur le territoire.

III. De nouveaux obstacles dans la course au vaccin

Mardi 8 septembre, le laboratoire britannique AstraZeneca s’est vu forcé de suspendre ses essais pour le vaccin contre le Covid-19 après la mauvaise réaction d’un patient au Royaume-Uni. Ce projet figurait parmi les plus avancés et des essais mondiaux avaient été lancés dans plusieurs pays. Cette procédure d’arrêt de la vaccination en cas de découverte d’une « affection potentiellement inexpliquée dans l’un des essais » est courante dans la recherche d’un vaccin pour assurer l’examen des données de sécurité. Cette pause dans la vaccination affecte un test de grande ampleur lancé à la fin du mois d’août et a provoqué une chute de l’action AstraZeneca bien que le groupe pharmaceutique juge encore possible la mise au point d’un vaccin d’ici la fin de l’année tout comme les laboratoires Pfizer et Moderna.

Cependant, l’annonce du contretemps du laboratoire AstraZeneca démontre une nouvelle fois que rien n’est acquis et que l’incertitude règne toujours autour de la commercialisation d’un vaccin. La confiance de la population dans la recherche vaccinale reste toutefois une priorité et neuf dirigeants de sociétés développant des potentiels vaccins contre le Covid ont signé un communiqué commun affirmant leur « engagement continu à développer et à tester des vaccins potentiels contre le Covid-19 dans le respect des hautes normes éthiques et de principes scientifiques rigoureux ».

Le doute persiste donc encore sur la date à laquelle seront disponibles les premiers vaccins contre le Covid-19 mais la question de leur prix commence à s’éclaircir. Cette semaine, le président de Sanofi France, a annoncé que le vaccin développé conjointement avec le laboratoire GSK « sera à un prix abordable » peut-être à moins de 10 euros la dose. À ce jour, c'est AstraZeneca qui affiche le prix le plus bas, son directeur général avait annoncé que le vaccin serait commercialisé « à prix coûtant » soit à peu près 2,50 euros à l'unité. Johnson & Johnson se situe dans la même tranche de prix que Sanofi soit 8,45 euros environ. En revanche, Pfizer, également fournisseur des États-Unis, affiche un tarif plus élevé : 16,47 euros la dose. Ces tarifs sont proches de ceux pratiqués pour le vaccin contre la grippe. En France, l'année dernière, il était facturé 6 euros. Ces prix semblent donc raisonnables grâce notamment au financement apporté par les États dans la course au vaccin.

IV. Pour aller plus loin

[1] Pour aller plus loin : Inserm CépiDc, « le circuit administratif du certificat de décès », (en ligne). Disponible sur : https://www.cepidc.inserm.fr/le-circuit-administratif-du-certificat-de-deces

[2] The Lancet, « Is India missing COVID-19 deaths », 5 septembre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31857-2/fulltext

[3] Santé publique France, « Coronavirus COVID-19 », mis à jour quotidiennement, (en ligne). Disponible sur : https://www.santepubliquefrance.fr/dossiers/coronavirus-covid-19

[4] Avis n°9 du Conseil scientifique COVID-19, 3 septembre 2020, (en ligne). Disponible sur : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/avis_conseil_scientifique_3_septembre_2020.pdf

[5] Conseil d’État, Ordonnance n°44370, (en ligne). Disponible sur : https://www.google.com/url

[6] Conseil d’État, Ordonnance n°44371, (en ligne). Disponible sur : https://www.google.com/url

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N°RNA W691090048 - n° de parution 20160011