Russie et coronavirus : inquiétudes intérieures et géostratégie d'influence

Mis à jour : mai 7

Par Valentin BRENIAUX & Antoine CRÉTIEN

La pandémie mondiale Covid-19 continue de se propager en Europe et en Asie, les chiffres et statistiques varient d’un pays à l’autre, à la fois en fonction de leurs capacités et moyens sanitaires, mais aussi en fonction de leurs méthodes de comptage qui voilent parfois la réalité. La Fédération de Russie n’échappe pas à cette crise internationale sans précédent. Si elle a été quelque peu épargnée par rapport à ses voisins européens et asiatiques en début de crise, ce n’est plus le cas aujourd’hui. En deux semaines, le nombre de personnes infectées est passé de 4 149 à 47 121 tandis que les décès dus au coronavirus ont bondi de 34 à 405, ce qui prouve que la Fédération de Russie connaît un développement exponentiel de l’épidémie et doit maintenant pleinement y faire face [1]. Cependant, de nombreuses inquiétudes se manifestent concernant les mesures sanitaires, l’état du système de santé et l’économie du pays. De plus, les Russes s’interrogent : pourquoi leur pays continue-t-il d’alimenter l’aide internationale alors que la vague épidémique le frappe de plein fouet ? D’autant plus que l’allocution de Vladimir Poutine le 13 avril sur la situation sanitaire en Russie n’a pas apporté d’informations supplémentaires concernant la gestion de la crise, hormis la mise en place par le gouvernement d’un rapport quotidien concernant le coronavirus.


Situation intérieure


Une inquiétude grandissante face à des mesures sanitaires parfois contradictoires

A l’image de l’oblast de Moscou, et sur demande du Président de la Fédération de Russie, de nombreux dirigeants locaux ont décrété le confinement de leur population : ils doivent, selon Vladimir Poutine, mettre en place eux-mêmes le régime et les sanctions applicables au sein des différents Sujets [2] de la Fédération. Le Président russe a souligné l'importance d'une approche coordonnée des niveaux municipal, régional et fédéral, tandis que toutes les informations et les données actualisées sont traitées par le centre d'information récemment créé à Moscou pour la surveillance du coronavirus.


Cependant, certaines décisions peuvent paraître contradictoires concernant la propagation du virus : le ministère de l’Éducation a donné son feu vert le 8 avril pour la clôture de l’année scolaire 2019-2020 dans les classes allant du Cours Préparatoire à la Seconde tout en indiquant qu’il revient aux dirigeants locaux de prendre les dispositions qu’ils jugeront appropriées. L’enseignement à distance est ainsi préconisé par le ministère pour pallier la fermeture des écoles du 12 mars au 13 avril puis à la clôture de l’année scolaire. Seulement, les instances éducatives ont reconnu que 25% des élèves seulement ont accès à cet enseignement à distance pour cause de manque d’équipement et de problèmes techniques majeurs sur les plate-formes en ligne [3]. A l’inverse, les examens de fin d’année de Première et les épreuves équivalentes au baccalauréat français sont maintenus.


Des inquiétudes sont également survenues quant à la tenue du défilé du 75e anniversaire de la Victoire sur l’Allemagne nazie prévu sur la place Rouge de Moscou le 9 mai 2020. Les dirigeants ont réfléchi à différentes options pour que le défilé ait lieu, sans public ni vétérans, afin d’éviter la propagation du virus [4]. Mais finalement, le Président a annoncé, le jeudi 16 avril, le report de cette grande parade annuelle. L’annulation d’un tel événement à valeur sacrée, fondateur de l’identité moderne russe (la Seconde Guerre mondiale est appelée, en Russie, la « Grande Guerre Patriotique »), souligne le caractère extrêmement élevé du risque épidémique [5].


Pour autant, le traditionnel « appel de printemps » (appel sous les Drapeaux pour le service militaire), aura bien lieu : entre le 1er avril et le 15 juillet, plus de 135 000 hommes intégreront les rangs de l’armée pour un an[6]. Cette décision nécessitera de prendre de nombreuses mesures pour éviter la propagation du virus lors des rendez-vous dans les bureaux d’enrôlement militaire, des visites médicales, et des stages physiques. Cette décision, peu contestée, illustre combien le service militaire et les Armées jouent un rôle central dans le pays et dans l’identité collective russe. Malgré le combat contre la propagation du virus, cet enrôlement va constituer un véritable défi pour les autorités qui devront concilier impératifs sanitaires, décisions administratives et formation militaire.


Avancée médicale et recherche scientifique : de l’inquiétude, aussi, sur les hôpitaux et le système de santé russe

Les recherches scientifiques concernant un traitement contre le SARS-CoV-2 continuent d’être menées dans les laboratoires russes spécialisés en épidémiologie et en virologie, notamment au Centre biomédical fédéral A.I. Bournazian qui va mener des essais cliniques à base de méfloquine, d’hydroxychloroquine et de kolidavir, sur des patients volontaires atteints du Covid-19. C’est également le cas au Centre national de recherche en virologie et biotechnologie VEKTOR. Le directeur du centre, Rinat Maksioutov, a d’ailleurs annoncé, le mardi 7 avril, à Vladimir Poutine, que son laboratoire était prêt à tester des vaccins expérimentaux sur des humains dès le mois de juin tandis que des essais sont déjà en cours sur des souris et des lapins. 180 volontaires ont déjà été sélectionnés sur les quelques 300 demandes reçues pour participer à ces tests [7].

De nouvelles mesures ont également été prises concernant les tests, notamment à Moscou : ceux qui le désirent peuvent se faire dépister à domicile pour pouvoir détecter le coronavirus dans les stades précoces d’évolution, y compris chez les personnes présentant des symptômes mineurs[8]. Le test est payant à hauteur de 1250 roubles (15 euros). Cette mesure correspond à la stratégie choisie par la Russie et par l’agence Rospotrebnadzor : une stratégie de tests de masse pour arrêter la propagation du virus[9]. Depuis le début de l’épidémie, la Russie affirme avoir déjà effectué plus de 900 000 dépistages.


Cependant, la Russie doit faire face au développement exponentiel du virus et des inquiétudes émergent concernant l’état des hôpitaux et leur capacité à faire face à l’afflux des malades. En effet, s’ils sont globalement en très bon état en Russie occidentale, cela est moins vrai dans les provinces et dans le reste du pays. Les disparités régionales cinglantes dans le développement de cet État-continent refont surface : la situation est extrêmement variable entre les régions isolées et pauvres, et les régions plus centrales et plus riches. Les dépenses russes dans le système de santé ne représentent d’ailleurs que 5% du PIB du pays selon la Banque mondiale, soit moitié moins que la moyenne mondiale (c’est 11,5% en France) [10]. Le rapport annuel de la Cour des comptes sur l’état du système de santé russe publié fin février a ainsi conclu que sur les 117 000 bâtiments sanitaires inspectés, 41,1 % ne disposaient pas de chauffage central et 30,5 % n’avaient pas accès à l’eau chaude [11]. Même si ces données ont été contestées par le ministère de la Santé qui affirme que tous les bâtiments n’ont pas pour vocation d’accueillir du public, elles permettent de mettre en lumière l’inquiétude qui se manifeste à l’approche du pic épidémique, y compris chez les autorités.


Par ailleurs, dès le 11 avril, les hôpitaux de la ville de Moscou affichaient déjà complet. Certaines vidéos ont filmé des embouteillages d’ambulances à l’entrée des hôpitaux, illustrant ainsi par le réel les déclarations des autorités moscovites, à savoir que les lits pourraient manquer face à l’afflux croissant de patients atteints du coronavirus, selon Anastasia Rakova, adjointe au Maire de la capitale [12]. Certaines mesures sont toutefois prises pour essayer de combler ces pénuries : les hôpitaux moscovites sont activement mobilisés [13] tandis qu’un vaste hôpital de campagne est en cours de construction [14].


Enfin, une sonnette d’alarme a été tirée par la médecin russe Anastasia Vassilieva, arrêtée alors qu’elle livrait du matériel médical à l’hôpital d’Okoulovka dans les collines du Valdaï, à 188 kilomètres à l’Est de Novgorod. Proche de l’opposant politique Alexeï Navalny [15], elle incarne l’opposition à la politique sanitaire du Kremlin, dénonce le manque de matériels dans les hôpitaux, y compris pour les médecins (masques, blouses, lunettes de protection) et les situations déplorables dans des villes de province où les habitants portent le même masque pendant une semaine notamment à Veliky Novgorod. L’insuffisance des mesures sanitaires prises par le gouvernement et enfin le mensonge des autorités sur les statistiques officielles sont également dénoncés [16]. Des sorties médiatiques comme celle-ci dénotent avec l’apparente assurance des autorités russes face à l’épidémie.


Les inquiétudes économiques : focus sur les PME et le pétrole

Désormais plongée dans la crise du Covid-19, la Fédération de Russie se doit de trouver des solutions à la crise économique que le virus ne manquera pas de provoquer, dans un pays déjà fragilisé par les sanctions internationales et par les manques criant d’investissements sur ces dernières années, faute de capitaux domestiques disponibles. Des mesures ont d’ores et déjà été prises pour préparer et soutenir l’économie russe dans la crise [17] et le pays semble bien mieux préparé aujourd’hui à affronter une crise économique qu’il ne l’était en 2008 [18]. Le mois de congé avec maintien des salaires annoncé par Vladimir Poutine le 2 avril engendre certains problèmes pour les PME et TPE russes. Si les grandes entreprises peuvent résister à la perte de revenus que cette mesure peut engendrer en payant les salariés sans activité en retour, ce n’est pas le cas pour les PME et TPE. D’après le président de la Fédération russe de l’hôtellerie et de la restauration, ce sont jusqu’à 90% des établissements fermés pendant le confinement qui pourraient ne jamais rouvrir [19]. Beaucoup de sociétés ont déjà réduit les salaires et commencé à licencier.



« Russia is now better prepared to deal with an economic crisis than it was in 2008 or 2014: it has larger currency reserves, lower external debt, and a lesser reliance on imports of food and other goods. » Dmitri Trenin, « Confronting the Challenges of Coronavirus, Russia Sees Its Woldview vindicated », Carnegie Moscow Center, 20/03/2020.



Et la Chambre de commerce et d’industrie de Russie n’est pas très optimiste. Elle prévoit 3,5 millions de faillites et 8 millions de chômeurs supplémentaires pour les PME suite à l’extrême ralentissement de l’économie dû aux mesures de confinement [20]. Or, les mesures de soutien prises par Vladimir Poutine ressemblent à des mesures palliatives et non à des véritables mesures de sauvetage (mise à jour de la liste des entreprises « d’importance systémique » [21], signature de la loi sur le report des échéances bancaires[22], aides financières pour les Russes ayant perdu leur emploi [23]). De plus, les dépenses de consommation des ménages s’effondrent : -21% sur la seule première semaine chômée (du 30 mars au 5 avril), ce qui représente près de 1000 milliards de roubles de perte de PIB (12,2 milliards d’euros).


L’économie russe a par ailleurs été également frappée de plein fouet par la chute du prix du pétrole et par le bras de fer entre Vladimir Poutine et Mohammed Ben Salmane qui ne parvenaient pas à se mettre d’accord sur une baisse de la production pour soutenir les cours mondiaux. Un mois après le début de cette guerre des prix, la Russie et l’OPEP, emmené par l’Arabie Saoudite, ont finalement réussi à s’entendre le jeudi 9 avril au terme d’une visioconférence avec les pays du groupe OPEP+ : en mai et en juin, ces pays vont réduire leur production d’environ 10 millions de barils par jour, soit 10 % de la consommation mondiale avant la pandémie due au coronavirus [24].


Pour la Russie, l’enjeu est de taille pour son économie : si une remontée des prix du pétrole d’ici la fin de l’année ne s’opère pas, alors il apparaît impossible de compenser le phénomène de disparition des PME et TPE et les conséquences économiques de la pandémie : la récession économique sera inévitable [25].


Politique extérieure : de la continuation de la politique étrangère russe au temps du Covid-19 ; solidarité internationale et géostratégie


Alors que la situation sanitaire met en lumière un service de santé inégal et disparate sur le territoire, une surcharge des hôpitaux moscovites, et une économie en danger, la Fédération continue de participer activement au processus de solidarité internationale développé depuis le début de la pandémie [26]. Mais les flux de solidarité sont doubles, entrants et sortants, car le pays lui aussi a besoin d’être aidé. Une équipe médicale chinoise d’experts est arrivée le samedi 11 avril à Moscou pour apporter du matériel supplémentaire mais surtout une expérience et une expertise dans la gestion de crise liée au Covid-19 nécessaires aux équipes russes et à leur formation. La Russie a également reçu 150 000 masques antibactériens offerts par le Vietnam, partenaire stratégique de la Russie [27] tandis que Donald Trump a annoncé qu’il était prêt à envoyer des respirateurs en Russie, en retour de l’aide matérielle reçue par les États-Unis de la part de la Russie.



« As the “coronacrisis” leads the United States to focus even more on itself and European Union member states to display increasingly nationalistic sentiments, Russia’s basic foreign policy approach based on the primacy of national interests will allow it greater freedom to act. As it charts a course, Moscow will continue to combine caution that prevents overextension with bold moves to exploit the opportunities that will doubtless present themselves. »

Dmitri Trenin, « Russia’s Viral Calculations », Carnegie Middle East Center, 16/04/2020.



Concernant les flux sortants, Moscou a envoyé cinq avions du ministère russe de la Défense en Serbie comportant aide médicale (équipements médicaux et moyens de protection), virologues et spécialistes épidémiologistes [28].  De plus, le Premier ministre russe Mikhaïl Michoustine a annoncé le 8 avril la mise à disposition de tests de dépistage à plus de 30 pays, jugeant qu’il est impossible de lutter seul contre le Covid-19. Ces pays sont principalement des pays de l’Union économique eurasiatique (UEE) et de la Communauté des États indépendants (CEI) : la Russie, en assistant son « étranger proche », y renforce son influence politique. Car l’aide internationale déployée par la Russie n’est pas dénuée de sens et ne s’effectue pas non plus tous azimuts. Elle poursuit la politique étrangère proactive en direction des pays dans lesquels Moscou exerce ou souhaite exercer son influence. Ainsi en Serbie qui fait face à sa septième semaine de lutte contre le virus, le Président a accusé l’Union Européenne d’abandon, après l’avoir appelé à l’aide (la Commission Européenne a en effet décidé de limiter les exportations de matériels comme des masques, lunettes, combinaisons hors UE). Déclarant que « la solidarité européenne n’existe pas, c’est un conte de fées » [29], le pays a fait le choix de se tourner vers le Kremlin qui entend saisir cette occasion de consolider les relations fraternelles russo-serbes mais également de faire pencher la balance des alliances à l’Est plutôt qu’à l’Ouest. L’envoi de tests à plus de 30 pays (en priorité de l’UEE et de la CEI) rentre également dans cette politique russe de renforcement de son influence extérieure, en particulier dans son « étranger proche ».


De même, l’aide apportée à l’Italie illustre la volonté russe de renforcer ses relations avec les pays européens qu’elle considère comme des alliés stratégiques pour pouvoir influer sur les décisions politiques de la Commission européenne (France, Espagne, Allemagne, Italie) [30]. Cela s’inscrit dans la politique russe de contournement de l’UE : la Russie préfère ainsi un dialogue bilatéral voire multilatéral avec des puissances européennes choisies, plutôt qu’un dialogue direct avec l’UE. Accéder à l’Italie permet également d’entretenir dans ce pays le sentiment d’abandon de la part de l’UE pour mieux mettre en valeur l’action russe qui se veut solidaire et inconditionnelle : désolidariser l’Italie de l’Union permet à la Russie de poursuivre des objectifs fondamentaux de sa politique étrangère depuis 2004, à savoir fragiliser l’UE et, si possible, faire imploser le modèle à 27 [31]. Rappelons ensuite que la Russie et l’Italie entretiennent des contacts étroits. Les pays se sont rapprochés depuis de nombreuses années, tant sur le plan politique – le Kremlin perçoit positivement le populisme nationaliste en Italie avec une possibilité de créer un nouveau front nationaliste en Europe favorable à la Russie – qu’économique – la Russie et l’Italie sont toutes deux très intéressées, entre autres, par l’établissement de nouveaux gazoducs sud-européens. L’aide internationale du Kremlin est donc aussi conditionnée aux opportunités qu’elle peut ouvrir pour la Russie.



« Russia’s policy in international development assistance is based on a weighted balance between the objectives of such policy and the capacity for their attainment. The recipient countries must demonstrate their interest in a consistent development of bilateral cooperation with Russia. »

Mark Rakhmangulov, « Establishing International Development Assistance Strategy in Russia », International Organisations Research Journal, 2010, n°5.



Enfin, l’aide envoyée aux États-Unis début avril témoigne de l’habileté politique du Kremlin : accompagnée d’une communication intensive autour de l’événement, la Russie a voulu donner à voir au monde l’aide du « faible au fort », et tenter de renforcer ainsi son soft-power global. Ces symboles sont importants pour la population russe mais aussi pour le reste du monde et cette politique d’aide internationale de la Russie est réfléchie depuis plus d’une dizaine d’années dans le pays [32]. Cette politique s’inscrit ainsi pleinement dans les ambitions de puissance de la Russie : donner à voir un État fort, capable et réactif. Mais cette aide suit également un agenda de plus long-terme puisque Vladimir Poutine reste ouvert à une politique de « reset » des relations américano-russes [33], pour peu que celle-ci s’inscrive dans une logique d’égalité et de respect mutuel. Surtout, le pouvoir russe, malgré les déconvenues de l’Administration Trump, espère de cette Administration une ouverture vers la Russie – les États-Unis étant actuellement concentrés sur la Chine – et une fin des sanctions étasuniennes, qui pourrait également signifier une fin des sanctions européennes. Car ces sanctions pèsent lourd dans la situation économique actuelle du pays, et empêche de nombreux investissements dans des secteurs stratégiques clés, ainsi les infrastructures et le développement de l’Extrême-Orient russe et des régions arctiques.



« In Putin’s opinion, the interests of U.S. business can do what arms agreements with the U.S. cannot; namely, make partners respect Russia’s interests and abandon attempts to interfere in its domestic affairs. »

Dmitri Trenin, « Vladimir Putin’s Fourth Vector », Russia in Global Affairs, 2018, n°1.



Dans le même temps, la crise du Covid-19 permet également à la Russie d’approfondir l’axe de coopération et de connivence politique entre Pékin et Moscou. Vladimir Poutine a ainsi pris position en faveur de la RPC dans le cadre des accusations de mensonges dont les autorités chinoises sont la cible, les qualifiant de contre-productives. À l’inverse des Occidentaux, le Président russe a appelé au renforcement de la coopération russo-chinoise dans la lutte contre la pandémie. D’autant que cette crise du coronavirus valide la vision russe de la fragilité du globalisme, et d’un monde dicté par les égoïsmes nationaux, avec l’État au cœur de la gouvernance mondiale [34] ; une vision des relations internationales et de la mondialisation que partage largement la Chine.


En tant de crise, il est donc particulièrement intéressant d’observer la continuité de la politique extérieure proactive du Kremlin afin de consolider son rôle d’acteur majeur des Relations internationales, contrepoids de l’Occident et de leur approche de la globalisation. Dans la crise, la Russie sait donc saisir les opportunités qui se présentent à elle, s’inscrivant ainsi dans la même logique que Pékin, tout en n’ayant pas à pâtir des accusations qui pèsent pour le moment sur la RPC. Cette pandémie mondiale apparaît donc comme un moment rêvé pour le Kremlin sur le plan international afin de donner l’image d’un acteur fiable, responsable et puissant, capable d’aider l’Occident.


[1]D’après le Center for Systems Science and Engineering (CSSE) de l’Université Johns Hopkins (Baltimore) : https://coronavirus.jhu.edu/map.html

[2]CHALYAN, Daniel. « Que retenir de la seconde allocution de Poutine sur le coronavirus », Russia Beyond, 3 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://fr.rbth.com/lifestyle/84507-deuxi%C3%A8me-allocution-annonces-poutine-coronavirus [Consulté le 10 avril 2020]

[3]Par Kommersant. « En Russie, l’école est finie », Courrier international, 9 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.courrierinternational.com/article/education-en-russie-lecole-est-finie [Consulté le 10 avril 2020]

[4]Par RT France. « Russie : report du défilé de la Victoire à Moscou, les autorités envisagent d'autres scénarios », RT France, 8 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://francais.rt.com/international/73511-russie-report-defile-victoire-moscou-autorites-envisagent-autres-scenarios[Consulté le 10 avril 2020]

[5]VITKINE, Benoit. « Vladimir Poutine contraint de reporter des célébrations du 9 mai », Le Monde, 16 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/16/coronavirus-vladimir-poutine-contraint-de-reporter-des-celebrations-du-9-mai_6036839_3210.html [Consulté le 20 avril 2020]

[6]CHEVTCHENKO, Nikolaï. « Comment se déroule l’appel sous les drapeaux en Russie », Russia Beyond, 9 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://fr.rbth.com/lifestyle/84536-appel-sous-drapeaux-russie [Consulté le 10 avril 2020]

[7]Par France Info avec AFP. « Coronavirus : la Russie prête à tester des vaccins sur les humains dès juin », France Info, 7 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-la-russie-prete-a-tester-des-vaccins-sur-les-humains-des-juin_3904415.html [Consulté le 10 avril 2020]

[8]DANIEL, Mathieu. « A Moscou, on teste le coronavirus à domicile », Médiapart, 9 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://blogs.mediapart.fr/daniel-ac-mathieu/blog/090420/moscou-teste-le-coronavirus-domicile [Consulté le 10 avril 2020]

[9]DANIEL, Mathieu. « Russie, Covid-19, tests, gestion épidémiologique », Médiapart, le 5 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://blogs.mediapart.fr/daniel-ac-mathieu/blog/040420/russie-covid-19-tests-gestion-epidemiologique[Consulté le 10 avril 2020]

[10]QUENELLE, Benjamin. « Coronavirus : la Russie face à la défaillance de ses hôpitaux », Les Echos, 13 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.lesechos.fr/monde/europe/coronavirus-la-russie-face-aux-defaillances-de-ses-hopitaux-1194458 [Consulté le 20 avril 2020]

[11]VIKTINE, Benoit. « Des craints sur l’état des hôpitaux russes à l’approche du pic épidémique », Le Monde, 3 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/03/coronavirus-inquietude-sur-l-etat-des-hopitaux-russes_6035467_3210.html [Consulté le 10 avril 2020]

[12]Ouest France avec AFP. « Coronavirus. Les hôpitaux de Moscou proches de la rupture », Ouest France, 11 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-les-hopitaux-de-moscou-proches-de-la-rupture-6805257 [Consulté le 20 avril 2020]

[13]Par Kommersant. « 24 hôpitaux de plus mobilisés à Moscou », Le Courrier de Russie, 12 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.lecourrierderussie.com/fil/coronavirus-24-hopitaux-de-plus-mobilises-a-moscou/ [Consulté le 20 avril 2020]

[14]ZAMYSHOVA, E. « Bientôt un vaste hôpital de campagne près de Moscou », TV5 Monde, 10 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://information.tv5monde.com/video/coronavirus-en-russie-bientot-un-vaste-hopital-de-campagne-pres-de-moscou [Consulté le 20 avril 2020]

[15]Pour en savoir plus sur Alexeï Navalny : https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/09/13/qui-est-vraiment-alexei-navalny_5510007_4500055.html [Consulté le 10 avril 2020]

[16]Interview d’Anastasia Vassilieva a retrouvé en ligne sur : https://www.lepoint.fr/monde/russie-c-est-d-une-telle-stupidite-de-vouloir-nous-empecher-d-aider-les-soignants-07-04-2020-2370351_24.php [Consulté le 10 avril 2020]

[17]Pour en savoir plus sur les premières mesures : http://institut-crises.org/point-de-situation-lepidemie-de-covid-19-en-russie [Consulté le 10 avril 2020]

[18]Voir Dmitri Trenin, « Confronting the Challenges of Coronavirus, Russia Sees Its Woldview vindicated », Carnegie Moscow Center, 20/03/2020.

[19]JACQUES, Lucien. « Poutine au service du minimum », Libération, 5 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.liberation.fr/planete/2020/04/05/russie-face-a-la-crise-poutine-au-service-minimum_ [Consulté le 10 avril 2020]

[20]Par Courrier International. « En Russie, petites et moyennes entreprises ferment à tour de bras », Courrier international, 8 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.courrierinternational.com/article/economie-en-russie-petites-et-moyennes-entreprises-ferment-tour-de-bras [Consulté le 10 avril 2020]

[21]ZOUBATCHEVA, Ksenia. « La Russie met à jour sa liste des entreprises « d'importance systémique » », Russia Beyond, 8 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://fr.rbth.com/economie/84529-compagnies-importance-systemique-russie-mise-a-jour [Consulté le 10 avril 2020]

[22]ZOUBATCHEVA, Ksenia. « Poutine signe la loi sur le report des échéances bancaires », Russia Beyond, 8 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.lecourrierderussie.com/fil/poutine-signe-la-loi-sur-le-report-des-echeances-bancaires/ [Consulté le 10 avril 2020]

[23]Par Le Figaro avec AFP. « Poutine promet des aides financières pour le personnel médical et les entreprises », Le Figaro, le 8 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.lefigaro.fr/flash-eco/poutine-promet-des-aides-financieres-pour-le-personnel-medical-et-les-entreprises-20200408 [Consulté le 10 avril 2020]

[24]WAKIM, Nabil. « Pétrole : la paix fragile entre la Russie et l’Arabie saoudite ne rassure pas le marché », Le Monde, 8 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/10/petrole-la-paix-fragile-entre-la-russie-et-l-arabie-saoudite-ne-rassure-pas-le-marche_6036156_3234.html [Consulté le 10 avril 2020]

[25]Pour en savoir plus sur la stratégie russe concernant le pétrole : VESPIERRE Gérard, « Pétrole : nouveau revirement stratégique de la Russie », La Tribune, 12 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/petrole-nouveau-revirement-strategique-de-la-russie-844996.html [Consulté le 20 avril 2020]

[26]Pour en savoir plus sur les premières aides internationales : http://institut-crises.org/point-de-situation-lepidemie-de-covid-19-en-russie [Consulté le 10 avril 2020]

[27]VNE. « Les masques antibactériens offerts par le Vietnam à la Russie », Le Courrier du Vietnam, 13 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://www.lecourrier.vn/les-masques-antibacteriens-offerts-par-le-vietnam-a-la-russie/776178.html [Consulté le 20 avril 2020]

[28]Par RT France. « Médecins militaires, virologues, équipement médical : Moscou apporte son aide à Belgrade », RT France, 3 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://francais.rt.com/international/73587-medecins-militaires-virologues-equipement-medical-moscou-apporte-aide-belgrade [Consulté le 20 avril 2020]

[29]Par RT France. « Médecins militaires, virologues, équipement médical : Moscou apporte son aide à Belgrade », RT France, 3 avril 2020. Consultable en ligne sur : https://francais.rt.com/international/73587-medecins-militaires-virologues-equipement-medical-moscou-apporte-aide-belgrade [Consulté le 20 avril 2020]

[30]Voir par exemple, sur ce sujet, Rolf Schuette, E.U.–Russia Relations: Interests and Values – A European Perspective, Carnegie Papers, n°54, Décembre 2004 : « Russia has or pretends to have difficulty understanding the complex structure of the E.U. It prefers bilateral relations and dialogue and tends to view the European Commission with suspicion. It plays on the dual character of the E.U. as the union and its member states. Russia sometimes tries to exploit differences of opinion between the member states by using its special relations with individual E.U. leaders to advance its national interests inside the E.U. (and NATO). » pp. 1-2.

[31]L’un des objectifs de politique étrangère de la Russie vise à contraction de l’Union Européenne autour de son cœur historique (les pays d’Europe de l’Ouest) afin de recréer un vide « au centre » permettant à la fois à l’influence russe de reprendre place en Europe de l’Est, et d’instaurer un dialogue de puissance à puissance avec l’Union ainsi réduite pour un contrôle partagé de ce potentiel « espace vide ». Voir, par exemple, sur ce sujet : Georgy Kutyrev, « Les intérêts de la Russie dans la perspective de création d’un système de sécurité européen autonome » (« Перспективы создания автономной системы европейской безопасности и интересы России »), in : Dmitri Novikov & Alexander Lukin (dir.) Les nouvelles relations internationales eurasiatiques. La stratégie russe dans l’évolution de ces nouvelles dynamiques géopolitiques, Moscou, Весь мир, 2019 (en russe ; Новые международные отношения в Большой Евразии. Российская стратегия в меняющейся геополитической динамике). Mais aussi : Sergey Karaganov & Dmitri Suslov, « A New World Order. A View from Russia », Horizons, 2019, n°13, pp. 72-93.

[32]Voir par exemple Mark Rakhmangulov, « Establishing International Development Assistance Strategy in Russia », International organisations research journal, 2010, n°5, pp. 50-67.

[33]Dmitri Trenin, « What Does Russia Want From the United States», Carnegie Moscow Center, 15/04/2020.

[34]Voir Dmitri Trenin, « Confronting the Challenges of Coronavirus, Russia Sees Its Woldview vindicated », Carnegie Moscow Center, 20/03/2020 : « Nevertheless, the Kremlin sees some effects of the outbreak as validating the correctness of its worldview. The fragility of globalism has been underscored as the international community grows more fractious and the liberal order recedes. The state has reasserted itself as the prime actor on the global scene. », « Above all, Russia may interpret recent events as confirming the wisdom of self-reliance in a globalized world driven by individual countries’ self-interests. »

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N°RNA W691090048 - n° de parution 20160011