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Le Covid-19 : une menace sur tous les plans

Dernière mise à jour : 9 mai 2020

Par Chiara ALEXANDRE & Adrien BLANCHARD

Le 5 février 2020, la communauté internationale apprend la mort à 34 ans du Docteur Li Wenliang infecté par le Covid-19 [1]. Cet ophtalmologue avait, dès le 30 décembre 2019, attiré l’attention de ses collègues sur le fait qu’un virus similaire au SRAS de 2002 était en train de se propager dans la région de Wuhan. Le 1er janvier 2020, la police de Wuhan l’avait interpelé, et le 3 janvier, accusé de répandre de « fausses rumeurs » sur internet, un procès-verbal avait été dressé à son encontre, le faisant reconnaître qu’il « perturbait l’ordre social ».


    L’annonce de la mort du docteur Li a provoqué une avalanche de commentaires sur les réseaux sociaux et sa mort a acquis une dimension politique, offrant un « martyr » [2] aux contestations de la population chinoise concernant le manque de transparence du gouvernement de la République Populaire de Chine (RPC).


       Le 28 janvier 2020 un juge de la Cour suprême chinoise estimait que « ça aurait été une bonne chose que le public se fie à cette rumeur, commence à porter des masques, prenne des mesures pour se protéger et évite le marché aux animaux sauvages de Wuhan » [3]. Cependant, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en déplacement à Pékin, s’était félicité le même jour de la « transparence » et de la « rapidité » de la réaction de la Chine à cette crise.


      De plus, l’Organisation ne cesse de comparer l’épidémie du Covid-19 à celle du SRAS de 2002, elle met en exergue une certaine amélioration dans la gestion de la crise sanitaire par la Chine. Néanmoins, il apparaît judicieux de questionner une réelle évolution positive au regard des mesures prises et de l’augmentation du nombre de cas qui représente un changement significatif de la trajectoire de l’épidémie.


      L’OMS semble donc être étrangement complaisante à l’égard de Pékin alors que des médias tentent chaque jour de démontrer le manque de transparence du régime politique chinois. Le journal français Le Monde affirmait par exemple, le 12 février 2020, que « plusieurs journalistes étrangers ont également été menacés d’être mis en quarantaine par les autorités locales. Un outil de censure plus qu’une réelle préoccupation sanitaire, puisqu’on leur a laissé le choix de rester en quarantaine là où ils enquêtaient, ou de rentrer à Pékin ou à Shanghaï par le premier avion. » [4].


       Au cœur de la crise du Covid-19, les autorités chinoises se concentrent sur leur image puisqu’une des priorités dégagées fut l’adoption d’une nouvelle directive renforçant leur contrôle sur les réseaux sociaux. L’ordre a été donné de contrôler encore davantage les discussions sur le coronavirus. Le 5 février 2020, WeChat, un des premiers réseaux sociaux chinois, a fermé des comptes accusés de « répandre de fausses rumeurs » [5]. Des critiques, de la part de la population, ont vu le jour avec l’utilisation de l’hashtag #NousDemandonsLaLibertéDexpression.


        Il est alors évident que le Parti communiste chinois entend continuer de détenir le monopole de l’information : des médecins continuent de recevoir des « avertissements » concernant leurs conversations personnelles. Il paraît alors difficile d’envisager combattre une épidémie d’envergure internationale sans favoriser la liberté d’expression et en donnant sa confiance à la police plutôt qu’au personnel médical.


La déclaration d’urgence de santé publique de portée internationale (USPPI)


         L’OMS a donc de nouveau réuni un comité d’urgence le 30 janvier 2020 et le Comité « est convenu que la flambée épidémique remplit désormais les critères d’une USPPI » [6] avant d’ajouter que « cette déclaration d’USPPI doit être comprise dans un esprit de soutien et de reconnaissance envers la Chine, son peuple et les mesures que ce pays a engagées en première ligne pour combattre cette épidémie en toute transparence et, nous l’espérons, avec succès » [7].


       Le 18 février 2020 à 10h00, le bilan des personnes touchées par la maladie semble s’élever à 73 335 cas dont 72 438 sur le territoire de la RPC, 1 873 personnes seraient décédées et 12 887 personnes seraient en rémission totale [8]. Il est encore difficile d’affirmer que ces chiffres « officiels » soient totalement fiables néanmoins, il convient de souligner une augmentation drastique du nombre de personnes infectées par le virus. Néanmoins, cette flambée dans les chiffres est à nuancer puisque la majorité de ces cas concerne une période remontant à plusieurs jours et semaines, ils sont donc rapportés de manière rétrospective puisqu’un retard est à noter dans les dépistages et qu’un nouveau mode de comptabilisation des cas a été mis en place [9].


Cependant, Maria Van Kerkhove, la responsable de l’unité des maladies émergentes de l’OMS, assure que « 82% des cas répertoriés étaient considérés comme mineurs, 15 % graves et 3 % « critiques ». Moins de 2 % des cas se sont révélés mortels » [10].


       Dans la gestion de la crise, l’OMS dispose donc de la possibilité de réunir un Comité d’urgence comme ce fut le cas à plusieurs reprises durant le mois de janvier 2020. De plus, l’Organisation a annoncé le 6 février 2020 qu’elle avait pour volonté d’organiser un forum mondial sur la recherche et l’innovation visant à développer rapidement de nouveaux outils. Le forum se tiendra alors à Genève les 11 et 12 février 2020 [11]. L’OMS détient donc un rôle important de coordination au sein de la communauté scientifique, elle détermine les priorités de la recherche et ses travaux tendent à accélérer le progrès.

      

Cependant, dans le contexte de crise actuel, il convient de se demander si la possibilité de réunion du Comité d’urgence et l’existence permanente d’un Département Conformité, Gestion des risques et éthique, suffit. En effet, comme l’affirme Patrick Lagadec : « les grandes crises doivent conduire à interroger les angles morts, les grandes surprises possibles » [12].


      L’OMS, en tant qu’organisation internationale, ne semble pas disposer d’appareil de gestion de crise pouvant prendre en charge drastiquement une épidémie d’une telle envergure. L’OMS a intégré dans son fonctionnement l’importance d’une « bonne communication de crise » et d’un « pilotage de haut discernement de la crise ». Cependant, les décisions prises ne semblent pas être à la hauteur de l’importance de la situation puisqu’un simple « guide », offrant des conseils concernant la gestion de l’épidémie, a été diffusé sur le site officiel de l’OMS [13].


        L’OMS reste donc sur ses gardes et les déclarations du directeur général ne sont que des « recommandations » [14], laissant alors la prise de décision au bon vouloir des différents Etats impactés par la crise.


Une contamination issue du pangolin ?


     Des chercheurs de l’université d’agriculture de la Chine du sud ont identifié une ressemblance à 99% entre le génome du virus chez les pangolins et du coronavirus chez les Hommes, sur plus de 1000 échantillons d’animaux sauvages [15]. Cette information provient de l’agence de presse officielle Chine nouvelle. Les détails de l’étude n’ont pas été rendus publics pour le moment, ce qui ne permet donc pas aux autres scientifiques d’analyser cette étude, de la critiquer ou de la valider.


       Il est d’autant plus important de traiter cette information avec prudence puisqu’une étude semblable avait accusé début janvier les serpents (le génome ressemblait à 96%), avant d’être finalement invalidée. Cette piste est cependant accréditée par une autre étude, datée de 2019 [16], où de nombreux pangolins saisis sur des braconniers étaient victimes de déficiences pulmonaires et atteints par un virus similaire.


L’autre épidémie : Ebola


        Si le Covid-19 accapare toute l’attention, vers la Chine et le coronavirus, une autre épidémie, déjà bien connue, continue de sévir : Ebola, depuis fin novembre 2019, a fait 2238 morts, soit plus du double du n-Cov [17]. C’est essentiellement en République Démocratique du Congo que les cas sont localisés, le patient zéro étant un homme ayant fait une rechute en juin 2019. Cet homme a eu le temps de contaminer 29 personnes avant d’être mis à l’isolement [18].


       Alors que le taux de létalité du n-Cov oscille entre 4 et 5%, celui d’Ebola est actuellement de 66%, ce qui le rend donc bien plus dangereux. L’autre différence majeure est qu’il existe déjà un vaccin contre Ebola, vaccin encore qualifié « d’expérimental » mais efficace. La campagne de vaccination se heurte cependant aux rumeurs et hostilités de la part des populations concernées, et ne permet donc pas de lutter encore efficacement contre l’épidémie. [19]


Quelques effets de la crise


La Sinophobie


       Il convient de rappeler qu’il n’y a aucun signe d’épidémie de Covid-19 sur le territoire français. En effet, les onze cas confirmés en France sont stables et pris en charge par des cellules médicales spécialisées. Pourtant, il semblerait que l’inquiétude ait gagné la population. En effet, à Paris par exemple, les rues du secteur de Belleville, connu pour son quartier chinois, sont vides [20]. Les supermarchés asiatiques du quartier sont désertés, leurs propriétaires déplorent une perte de chiffre d’affaire et les gérants de restaurants asiatiques craignent les potentielles conséquences économiques néfastes du Covid-19.


       De plus, avec la médiatisation de la crise sanitaire, des personnes d’origine asiatique se sentent pointées du doigt, le racisme anti-asiatique et les propos stigmatisant s’intensifient. Ces personnes sont donc les premières victimes de l’inquiétude suscitée par le virus.


       Au sein de la gestion de crise du Covid-19, il conviendrait alors de mettre en place un moyen de sensibilisation à la question du racisme anti-asiatique, afin de ne pas ajouter aux questions sanitaires, des questions de l’ordre des droits de l’Homme.


Peur sur les marchés financiers


       De façon générale, les marchés financiers s’interrogent sur la capacité du gouvernement de la République Populaire de Chine à contenir l’infection, à en tirer les conséquences et surtout à en limiter les effets économiques et financiers.