Etat des lieux des capacités antiterroristes du ministère de l’Intérieur

Mis à jour : mai 6

Par Hugo GABILLARD

En 2018, l’ancien directeur de la Gendarmerie Nationale (DGGN), le général Richard Lizurey disait que si le Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) avait énormément évolué depuis sa création portée notamment par Christian Prouteau à la suite des attentats de Munich, en 1973, il devait encore “s’adapter” à la menace terroriste qui ne cesse de se transformer. Ce constat exprimé par un ancien professionnel de la sécurité intérieure s’applique à la Police Nationale, vouée à des réformes profondes dans l’avenir. En novembre 2019, des réflexions sur l’avenir des unités spécialisées de la Police et de la Gendarmerie sont portées au niveau politique qu’il convient d’analyser. 


Quelles réformes envisagées concernant la Gendarmerie Nationale ?


La Gendarmerie Nationale pourrait faire évoluer certaines de ses unités de lutte contre le terrorisme afin d’être plus efficace dans la gestion de crises. Alors que le Groupe d’intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) va fêter, le 26 décembre prochain, le 25ème anniversaire de l’opération de libération d’otages sur l’aéroport de Marignane, les élites politico-militaires estiment que des réformes sont nécessaires pour que l’institution militaire puisse s’adapter aux menaces nouvelles. Le GIGN basé à Satory (78), profondément réorganisé depuis 2007 selon la volonté de son ancien chef, le Général d’Armée Denis Favier, devrait prochainement mieux s’articuler avec ses six antennes régionales (AGIGN) en métropole, qui servent d’intermédiaire entre l’unité de Satory et les unités d’intervention élémentaire de la Gendarmerie Nationale. Les AGIGN ne sont pas encore rattachées organiquement au GIGN “central” de Satory, qui demeure l’ultime réponse à la crise, mais pourraient l’être dans les prochains mois. De plus, elles vont voir leurs effectifs augmenter et leurs missions évoluer. Le nombre de gendarmes dans chaque antenne devrait passer de 32 à 50. Les effectifs supplémentaires proviendraient de la Gendarmerie Mobile et plus précisément des gendarmes titulaires du brevet de technicien en escorte d’autorités et sécurisation de site (TEASS), militaires formés à la sécurité des diplomates et des bâtiments français dans les pays affectés par des crises terroristes récurrentes et une instabilité politique.


Les antennes vont également avoir des compétences nouvelles [1]  qui étaient, jusqu’à présent, monopolisées par l’unité de Satory. Les six AGIGN vont être formées au dépiégeage NEDEX (neutralisation, enlèvement, destruction des explosifs). L’AGIGN d’Orange (Vaucluse) va désormais s’entraîner au contre- terrorisme maritime. Satory s’était déjà affirmé dans ce domaine à de multiples reprises. L’acte de piraterie contre le voilier du Ponant, autrement appelé “opération Thalathine”, en 2008, avait notamment mobilisé l’expertise des gendarmes du GIGN en négociation et en libération d’otage aux côtés du Commando Hubert et de la DGSE. Si l’antenne d’Orange devrait se contenter d’entraînements et d’interventions sur les eaux du territoire métropolitain, il est indéniable qu’une montée en puissance de ces unités est en train de s’amorcer dans la gestion des crises terroristes.


Cependant, la Gendarmerie Nationale doit faire face à certaines difficultés financières pour assurer le bon fonctionnement de ses missions de gestion des crises terroristes. En effet, pour soutenir les missions antiterroristes du GIGN (et du RAID pour la Police Nationale), le Groupe interarmées d’hélicoptères (GIH) a été créé en 2006. C’est une unité implantée à Villacoublay et rattachée au 4ème régiment d’Hélicoptères de forces spéciales (4ème RHFS), qui a pour mission principale d’acheminer les policiers du RAID et les gendarmes du GIGN pendant des exercices et des missions sur le territoire national. Cependant, selon un rapport parlementaire [2] sur l’action aérospatiale de l’Etat piloté par deux députés, Jean Jacques Ferrara et Christophe Lejeune, la Gendarmerie Nationale aurait du mal à financer les heures de vol et le GIGN ne pourrait donc, par conséquent, plus s’entraîner avec le GIH depuis mai 2018. Quand le GIGN relevait du Ministère des Armées, le financement des heures de vol était assuré par ce même ministère. Or, depuis 2009, la Gendarmerie Nationale est rattachée au Ministère de l’Intérieur. Le Ministère des Armées ne veut donc plus financer les heures du vol du GIGN avec les hélicoptères du GIH malgré la militarité des gendarmes et demande ainsi à la direction générale de la Gendarmerie Nationale (DGGN) de régler les coûts. Les deux députés, dans leur rapport, se demandent alors s’il existe des conflits internes au sein de la DGGN [3] expliquant les problèmes de financement. Ce problème est à relativiser puisque la Gendarmerie Nationale, contrairement à la Police Nationale, dispose de ses propres hélicoptères (EC 145) dont bénéficient le GIGN (et même le RAID) pendant leurs entraînements. Néanmoins, la particularité du GIH est qu’il fournit aux unités spécialisées du Ministère de l’Intérieur des hélicoptères avec des technologies qui peuvent être très utiles dans des cas de crise grave. Lors de la prise d’otage de l’imprimerie de Dammartin-en-Goële, le GIGN avait à sa disposition des hélicoptères de l’Armée de Terre appartenant au GIH, qui ont été très utiles pour neutraliser les frères Kouachi.


Le GIGN “central” de Satory risque également de perdre certaines prérogatives liées au statut militaire de la Gendarmerie Nationale. Ce dernier a permis à l’unité d’être projetée sur des théâtres d’opérations extérieures (OPEX) comme en Afghanistan dans des missions conjointes avec le commandement des opérations spéciales (COS). Cependant, il semblerait que le GIGN s’entraîne de moins en moins dans la perspective d’une projection à l’étranger. Les unités du COS dont les Commandos Marine ou le 1er Régiment parachutiste d’infanterie de Marine (1er RPIMA) se sont progressivement spécialisées dans le contre-terrorisme, la négociation et la libération d’otages, missions d’expertise souvent dévolues au GIGN, auparavant.


La structure institutionnelle de la Gendarmerie Nationale dans la gestion des crises terroristes semble donc évoluer entre affirmation de ses capacités grâce au renforcement de certaines de ses unités et recul de certaines de ses prérogatives.


Le préfet de Police de Paris, Didier Lallement souhaiterait faire fusionner des unités de la Force d’Intervention de la Police Nationale (FIPN) dans un objectif de rationalisation des moyens


La Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI) jusqu’alors rattachée à la préfecture de police de Paris pourrait connaître des réformes profondes qui n’entraîneraient certainement pas une disparition, mais deux fusions :


  1. Une avec la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

  2. Une avec le RAID (recherche, assistance, intervention, dissuasion).


La BRI est un outil polyvalent qui possède, d’une part une capacité d’intervention, concernant les crises comme les actes terroristes, et d’autre part une compétence en police judiciaire.


Si la fusion avec la Direction centrale de la police judiciaire semble pour l’instant n’être qu’une simple idée, la fusion avec le RAID de la dominante intervention semblerait plus avancée. Le préfet de Police de Paris, Didier Lallement [5] , aurait pour volonté d’acter cette réforme rapidement.


En effet, cette fusion répondrait, de la part du Ministère de l’Intérieur, et plus précisément de la Direction générale de la police nationale (DGPN), d’une volonté de rationaliser les moyens des unités d’intervention de la police nationale.


Cette rationalisation des moyens concorde également avec le nombre élevé de services que comprend la police nationale y compris les forces d’élites d’intervention. Concernant les unités d’intervention de la police nationale, il faut comprendre : le RAID, les antennes RAID, la BAC (brigade anti- commando) de la préfecture de police de Paris. La BAC comprend : la BRI (brigade de recherche et d’Intervention), la CATDPJP (cellule d’assistance technique de la direction de la police judiciaire de Paris), la BIDOPC (brigade d’intervention de la direction de l’ordre public et de la circulation), et les équipes cynophiles de la DSPAP (direction de sécurité de proximité de l’agglomération parisienne).


Jusqu’alors, la BRI, rattachée à la préfecture de police de Paris, avait une compétence locale (mobilisable dans la capitale et les départements de la petite couronne). Or, il semblerait logique, selon certains hauts fonctionnaires et politiques de la fusionner avec le RAID car les deux unités font des missions antiterroristes similaires, et des exercices communs particulièrement depuis 2015. Lors de l’attentat du 13 novembre 2015, le RAID (compétence nationale) n’est pas intervenu laissant ainsi la BRI (compétence locale) avoir la primauté de l’assaut du Bataclan et faisant office d’appui.


Cette situation, pour le moins étrange, a été examinée dans un rapport parlementaire. En effet, en juillet 2016, la commission parlementaire, constituée à l’issue des attentats du 13 novembre 2015, avait rendu un rapport allant dans le sens d’une fusion. Mais une fusion allant beaucoup plus loin qu’un simple rapprochement entre deux unités d’intervention de la police nationale. Il s’agissait d’une fusion qui engloberait le GIGN, le RAID et la BRI. Cette préconisation n’a cependant pas été retenue. [6]


Reste à savoir si cette fusion entre le RAID et la BRI permettra une optimisation de l’intervention dans la gestion de la crise d’un attentat terroriste par exemple.

La Police Nationale, quant à elle, chercherait donc à améliorer l’opérabilité de la FIPN dans un cadre budgétaire contraint même s’il semble que le budget de la Police Nationale augmenterait en 2020.




[1]https://lessor.org/a-la-une/les-six-antennes-gign-de-metropole-se-musclent/

[2]http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-info/i2166.asp#P199_43029

[3]L’actuel commandant du GIGN, le Général d’Armée Laurent Phélip, relativise les constats des députés à travers ses interventions sur Twitter: https://twitter.com/PLP178151/status/1190955582951448577

[4] L’actuel commandant du GIGN, le Général d’Armée Laurent Phélip, relativise les constats des députés à travers ses interventions sur Twitter: https://twitter.com/PLP178151/status/1190955582951448577

[5]. http://www.leparisien.fr/faits-divers/le-prefet-de-paris-suggere-de-rattacher-la-brigade-de-recherche-et-d-intervention-au-raid-08-07-2019-8112369.php

[6]. https://lessor.org/a-la-une/la-piste-dun-commandement-unique-chapeautant-le-gign-et-le-raid-refait-surface/

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N°RNA W691090048 - n° de parution 20160011